Hybrid - The 8th Plague

03/07/2009

Par Aleksandr Lézy

Label: Eyesofsound Records

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Jusqu’à ce jour, l’album conceptuel demeurait la chasse gardée d’une majeure partie des groupes de progressif qui décortiquaient plus ou moins les phénomènes sociologiques, voire philosophiques ou mystiques dans la limite du raisonnable. Avec Hybrid, formation espagnole de death metal brutal au sens large et ouvert du terme, il faudra percevoir la musique sur deux niveaux. Le premier concerne directement cette dernière qui souffrirait d’un manque insoupçonné, si elle n’était génialement accompagnée du second, un concept aussi pointu qu’apocalyptique : l’autodestruction de l’homme racontée à travers les différents stades de métamorphoses d’un insecte.

Formé en 2004 à Madrid, à l’image du nom qui le caractérise, Hybrid mixe les influences dans un univers chaotique où la brutalité décomplexée accompagne une créativité assumée. La sensibilité générale de la musique se tourne vers le death metal même si l’instinct hardcore se fait ressentir dans les phrasés rageurs de Rafa Fernández, par exemple. Dans un souci d’unité et de cohésion, même déstructurée – lorsque les incursions dans d’autres styles musicaux naissent –, le son reste d’aplomb, ne perdant rien de son efficacité. Les textures épaisses apportent une richesse à une musique qui brasse les genres sans jamais s’y attarder. Remarquable, d’autant qu’on ne se retrouve plus dans une simple fusion où l’on passe du coq à l’âne, mais bien dans une imprégnation complète d’autres environnements.

Quant au concept, le chiffre huit s’impose au centre de celui-ci comme le cycle de l’éternel retour à la case départ, l’infini : huit titres sortis le 08/08/08 sous le titre de The 8th Plague. Voilà une facétie qui aurait pu passer inaperçue si l’album n’avait été aussi convaincant. La description imagée s’intègre parfaitement au discours musical, une recherche de bon augure qui rend ce maelström instrumental d’autant plus pertinent. Masterisé par Alan Douches (The Dillinger Escape Plan, Mastodon, etc.), la production s’avère d’une teneur implacable. Difficile de sortir indemne d’un tel choc tant la déflagration est puissante.

The 8th Plague représente l’archétype du disque brillant. Les Espagnols ont su extraire le meilleur du potentiel d’eux-mêmes pour enfanter d’un papillon extraordinaire. Leur musique personnelle et imprévisible stigmatise cependant les caractéristiques du genre : polyrythmies, dissonances, signatures rythmiques complexes, etc. Ce sont autant d’éléments qui défient l’audition. Qu’il en soit ainsi : la beauté reformulée dans le chaos.