OHMphrey - OHMphrey

24/06/2009

Par Nicolas Soulat

Label: Magna Carta

Site:

Voici un exercice de style fort intéressant qui rappelle celui auquel se prêta il y a quelques années Alex Skolnick avec Attention Deficit. En effet, l’écurie Magna Carta semble parfaitement adéquate pour accueillir les quelques escapades instrumentales des « thrasheurs » les plus aguerris. C’est Chris Poland qui déploie ici des figures non imposées d’un fort beau gabarit au service d’une fusion très agréable et complètement personnelle. Entouré de trois gros « jammeurs » de Chicago, membres du combo Umphrey, le guitariste, plutôt habitué aux moshparts les plus endiablés, a su faire fructifier quelques talents exotiques pour notre grand bonheur.

Enfermés pendant deux jours dans un studio, OHMphrey est la résultante directe de plusieurs heures d’improvisations et de créations rythmiques délurées, oscillant frénétiquement entre Allan Holdsworth et Kaipa (Morgan Agren). Il ne s’agit pas ici de redite mais d’une interprétation spontanée du jazz le plus couillu par trois petits malins qui maitrisent résolument un sujet pourtant maintes fois épuré. On saluera clope au bec et nœud papillon débraillé l’emploi de power chords qui pour le coup n’ont rien à faire ici (et c’est ça qui est bon), mais également les ambiances plus lounge frappées de cymbales et de claviers dignes des plus grand méfaits de Pat Metheny.

Pourtant, même si la composition demeure le point fort de cette petite orgie, la production tire le propos vers le bas et empêche la musique de se poser en douceur sur les cimes de la perfection. Les instruments sont loin d’être en symbiose et jouent chacun le dos tourné dans leur coin. Le son de guitare reste encore à travailler pour se détacher d’une certaine agressivité qui sépare malheureusement les parties les unes des autres. On déplorera pour finir l’absence de coup de génie et d’envolées sublimes qui font la plupart du temps défaut dans ce type de production ; ce qui ne manquera pas d’étouffer tristement toute avalanche de notes en brisant les efforts d’orchestration et les tentatives de thèmes. Relativisons tout de même ensemble et méditons calmement ceci : deux jours.