Tortoise - Beacons of Ancestorship

22/06/2009

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Thrill Jockey

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C’en devient une habitude : Tortoise énerve son monde, surtout celui des chroniqueurs. D’une part, parce que les Chicagoans prennent un malin plaisir à toujours brouiller les pistes et mélanger tous les styles possibles et imaginables. Histoire de leur rendre la monnaie de leur pièce, on les classera dans la mouvance post-rock qu’ils ont contribué à créer il y a une quinzaine d’années. D’autre part, une sorte de relation d’amour/haine peut se développer avec ce groupe avec sa propension à utiliser un panel de sons cheap et lo-fi. Car effectivement, l’impression entre des instants purement géniaux d’écouter de la musique d’ascenseur pointe parfois tout au long de la discographie des tortues. Qu’en sera-t-il avec Beacons of Ancestorship, leur sixième album studio ?

Si le précédent opus It’s All Around You (2004) en avait laissé plus d’un sur sa faim ,dans la mesure où Tortoise ne semblait guère renouveler son approche, force est de constater qu’ils prennent à présent leur auditoire à contre-pied. L’approche électronique qui commençait à dominer le propos de l’ensemble depuis Standards (2001) prend une dimension nouvelle et plus rugueuse, en témoigne le dévastateur « High Class Slim Came Floatin’In ». De même, la section rythmique se fait bien plus puissante que par le passé (« Gigantes », le très punky « Yinxianghechengqi »), à tel point qu’un petit côté bien rock à la Honey for Petzi s’en dégage parfois. On notera également que l’abandon total (et surprenant !) des vibraphones et des marimbas n’est pas totalement étranger à cette évolution.

Si Tortoise prend du muscle, il ne perd jamais de sa finesse légendaire. Lorsque le groupe s’engage dans des voies très progressives, disons classiques (Canterbury et Krautrock principalement), cette légèreté apparaît au grand jour (« Prepare Your Coffin », « The Fall of Seven Diamonds Plus One », tous deux sublimés par des interventions remarquables à la guitare). Et les petits interludes d’une à deux minutes qui parsèment le disque respirent l’intelligence de la découverte. Cette alternance de puissance et de souplesse d’expérimentation et de mélodies subtiles est un véritable bonheur ; et la production exemplaire de John McEntire accentue cette impression. Seul le morceau final traîne quelque peu en longueur et peine à convaincre. Qu’à cela ne tienne, les Américains, tout en poursuivant leur mission à proposer du Tortoise, créent une jolie surprise avec un album à la fois expérimental et rock dans l’âme. Une réussite qui annonce de belles retrouvailles avec leur public en concert !