Anthurus d'Archer - Le Voyage d'André

20/06/2009

Par Christophe Manhès

Label: Autoproduction

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Cela fait maintenant quelques années que la musique s’est émancipée et que les expériences de toutes sortent s’entassent dans les discothèques. De Pierre Henry à Mike Patton, de Third Ear Band à Zu ou John Zorn, beaucoup d’horizons ont été explorés. Nul doute que les Poitevins d’Anthurus d’Archer ne soient pris eux aussi de ces démangeaisons avant-gardistes. On pourra d’ailleurs classer ces olibrius au choix, parmi les fous ou, plus raisonnablement, parmi les iconoclastes décomplexés. A tel point qu’avec Le Voyage d’André, troisième et dernier volet d’un triptyque expérimental, les musiciens ont produit un album pour lequel il sera difficile de vous parler… musique ! Mieux vaut le savoir avant de vous jeter sur cette galette. Ça peut éviter de crier au scandale trop vite.

Il faut bien l’admettre, Le Voyage d’André ressemble plus à une mise en scène sonore improvisée et azimutée qu’à un véritable album de musique. Nous n’avons rien contre. Après tout Manolo on Juliet du tandem Syn-/E.513, sorti en 2008, était du même tonneau et en avait bluffé plus d’un. Il ne faut pas négliger néanmoins le plaisir qu’il y a à se laisser prendre par la main pour visiter l’inconnu même si, comme ici, le guide a quelque chose d’austère et inquiétant. Cette docilité peut mener à des découvertes inattendues souvent gratifiantes. Mais pas toujours. Encore faut-il que le magistère en question possède le magnétisme suffisant pour vous laisser porter par la beauté des chemins de traverse. Le minimum étant de ne pas négliger cet élément essentiel qu’est l’émotion. Et de l’émotion, dans Le Voyage d’André, c’est un peu comme de la compassion dans l’œil d’un tigre affamé : vous n’en trouverez pas beaucoup. Heureusement pour l’auditeur Anthurus d’Archer a ménagé ses effets et fait en sorte que la dernière pièce, essentielle, nous libère de toutes les frustrations accumulées jusque-là. Grâce à cette comptine, simple et ancestrale chantée avec toute la fraicheur de la voix enfantine, ce voyage laborieux prend enfin un sens et échappe au ridicule.

Mais la fin justifie-t-elle les moyens ? Trente-cinq minutes de dissonance, de bricolage et de froides improvisations peuvent-elles être, à rebours, justifiées par cette seule piste ? La question est posée. En ce qui nous concerne, on se rappellera que des œuvres aussi modernes et originales que celles de Daniel Palomo Vinuesa, de Syn- ou d’Art Zoyd ont réussi là ou Anthurus d’Archer vient d’échouer : à nous émouvoir de bout en bout.