Sex Mob - Meets Medeski - Live in Willisau 2006

11/06/2009

Par Mathieu Carré

Label: Thirsty Ear / Orkhestra

Site:

Voilà une formation de la trempe des Lounge Lizards qui se joue des conventions, et notamment de celles du jazz pour mieux jouir de la puissance de leur inspiration La bande du trompettiste Steve Bernstein qui a ainsi déjà passé à la moulinette les airs de James Bond (Sex Mob Does Bond) ou de classiques du rock donne ici en concert sa pleine mesure. Enregistré en 2006 à Willisau, et rejoint par l’organiste non moins expert en transversalité musicale John Medeski (ici en congés de ces compères habituels Martin et Wood), Sex Mob délivre à travers ce disque son message le plus profond, un appel mystique aux bonnes vibrations au-delà de toute classification.

Et si ces musiciens vivent ancrés dans le XXIe siècle, leur performance possède incontestablement le fumet bien vivace des années soixante-dix. Poussées par les esprits du free jazz, Bernstein et Briggan Krauss (saxophone alto) éructent avec la même fougue que certains crient et « growlent » de nos jours. Il y a de la rage, des notes tenues et déchiquetées, une tension qui monte sans répit (« Mob Rule 1 »). Au diapason de la vigueur de ses hôtes d’un soir, Medeski arrive avec son orgue, et à coups d’accords prolongés et d’improvisations échevelées navigue à vue entre John Lord sous acide et Jimmy Smith ou Brother Jack McDuff pour quelques saillies funk et jazzy qui raviront les chercheurs d’or du rare groove (« Down on the Farm »).

Moins compact ensuite, le concert verse dans quelques ambiances éthérées à travers lesquelles Medeski peine un peu à faire ressortir les sonorités préhistoriques et charnelles de son instrument. Sans l’ambiance particulière de la soirée, on perd parfois le fil de ces élucubrations abstraites, avant de repartir de plus belle sur « Darling Nikki » et un rappel gorgé des airs que John Barry livra pour les aventures du plus connu des agents secret de sa majesté. Section rythmique, cuivres, orgue se donnent de nouveau en pâture aux oreilles voraces des chanceux du soir. On sent presque leur sueur, le plaisir immédiat et indécent reprend ses droits dans ces derniers ébats où cette formation éphémère donne sa pleine puissance et montre le chemin sur lequel elle s’exprime le mieux.