L'œil du sourd - Un ?

09/06/2009

Par Christophe Manhès

Label: Autoproduction

Site:

Les Bretons sont des têtes de pioche, quand ils ont un rêve, ils se doivent de le concrétiser. C’est avec cette détermination que les Nantais de L’œil du sourd ont conçu leur ambitieux premier album fait pour « triper », de près d’une heure dix d’un jazz psychédélique en liberté et sans concessions, mais pas sans limites, qui exhale ce petit quelque chose de suranné, puisé pour une bonne part dans la large culture du rock progressif.

A l’écoute de ce disque on comprend très vite l’objectif de L’œil du Sourd. Le groupe veut s’attacher à traduire une sorte d’ivresse sonore de derviche tourneur jazz en puisant son inspiration dans le souffle chaleureux et habité du son des années soixante-dix. Claviers, guitares, vents et chant — à la jonction des styles de Catherine Ribeiro et de Magma — tout ramène à cette période fondamentale du rock. La musique toupille donc de manière très psychédélique en procédant par longues digressions autour de chorus livrés autant à l’ardeur des instrumentistes qu’à une bonne part d’improvisation.

Mais ce qui dans les conditions de la scène peut avoir un impact ne l’a pas forcement sur disque. Les rondelles sorties des studios ont leurs propres commandements capables de résister à la prose trop lâche et parfois mal dégrossie des concerts. Enregistré en une prise, dans des conditions live, Un ? ne maîtrise pas toujours son allant. L’énergie alourdie quand il faudrait qu’elle allège et manque d’éclat quand elle devrait tout jeter dans la bataille. D’où une impression de frustration à la fin de certains titres. Enfin, comme trop de groupes aujourd’hui, les compositions manquent d’une identité mieux marquée. Plus de variété aurait aidée à digérer ces trop longues agapes.

Cependant loin d’être un album vain, les Français concrétisent une impulsion légitime et audacieuse. Il manque bien les finitions qui, par exemple, ont permis au premier album des Rouennais de Setna, dans la même mouvance mais plus attirée par la zeuhl, une réussite éclatante. L’absence de moyens a certainement du y contribuer. Une suite sera notamment attendue avec une certaine impatience afin de savoir si L’œil du sourd est capable d’élever sa musique vers des hauteurs plus imposantes.