William Sheller - Avatars

14/05/2009

Par Christophe Gigon

Label: Mercury

Site:

William Sheller dans Progressia, voilà qui peut sembler bien incongru pour les lecteurs les plus méfiants. Pourtant, si ce grand monsieur a en son temps dangereusement flirté avec la variété française, il reste avant tout connu des mélomanes pour ses expérimentations classiques, symphoniques voire progressives ! A l’instar d’un (regretté) Alain Bashung, d’un Gérard Manset ou, dans une moindre mesure, d’un (également regretté) Daniel Balavoine (qui avait d’ailleurs prévu de travailler avec Peter Hammill avant que la vie n’en décide autrement en 1986), notre élégant binoclard a toujours porté une oreille attentive à ce qui se passait outre-Manche. C’est pourquoi il sait si bien conjuguer le verbe français à un son résolument anglo-saxon, entendre plus exigeant dans sa forme. Calogero ou Obispo ne nous contrediront certainement pas.

Il avait déjà voulu transformer l’essai en 1994 avec l’imparable Albion, au titre résonnant comme un manifeste esthétique. Un disque lardé de guitares incisives et d’orgues saturés, qui lorgnait ostensiblement vers les travaux de Led Zeppelin, groupe officiellement adulé par le compositeur. Malheureusement, cette courageuse incursion en terres plus rock aura quelque peu déstabilisé le public « officiel » du pianiste, plus habitué aux « balades nobles et sentimentales ». Il faut cependant bien avouer qu’il n’y était pas allé avec le dos de la Gibson le Willy, avec cette collection de titres très seventies à la limite du hard rock.

Avec Avatars, un tout autre monde s’ouvre aux auditeurs, notamment dès le titre d’ouverture qui étonnera probablement le néophyte (on croirait entendre Queen) et qui ne jurerait que par le célèbre Sheller en solitaire (et son incontournable tube « Un homme heureux »). « La longue échelle » retrouve des terrains plus connus même si l’introduction ressemble étrangement à « Exode » du groupe Ange. Tout un programme ! Le single« Tout ira bien » rassurera tout le monde avec cette touche Classic Sheller parsemé d’inattendus sons de six-cordes électriques très british (Bryan May, Eric Clapton, Jimmy Page).

Nul besoin de commenter toutes les pistes de cette agréable rondelle.Le son résolument nouveau de cet étonnant projet joue d’un harmonieux mélange des genres : un hommage à la production britannique des années soixante-dix (basses mixées très en avant du spectre sonore, batterie et guitares surpuissantes) qui se mêle habilement à des textes finement ciselés (comme sait si bien les rédiger cette reconnue corporation des auteurs-compositeurs-interprètes, spécialité hexagonale par excellence). Le tout mâtiné de cette soie symphonique que lui seul sait vraiment maîtriser même si L’Imprudence, magnifique album du déjà cité Bashung, avait lui aussi tenu ses promesses en 2002. Une douzaine de titres très accessibles qui raviront sans nul doute les lecteurs de Progressia à défaut de devenir les favoris de l’ « autre » public de ce toujours fringant sexagénaire.