Hamilton & Eisenbeil - Shadow Machine

06/05/2009

Par Mathieu Carré

Label: Pogus

Site:

Les plus anciens qui ont déjà fébrilement cherché leur station FM chérie en triturant la molette d’un radio-réveil se souviennent sans doute du bonheur ressenti lors de la découverte de la bonne fréquence. Cette félicité, d’autant plus importante que la recherche était laborieuse, remplie de larsens et d’horribles bribes de paroles indistinctes, Tom Hamilton, armé de ses machines sonores diverses et Bruce Eisenbeil, guitariste expérimental par excellence proposent avec Shadow Machine de la traquer avec eux. Car les deux hommes se cherchent aussi l’un et l’autre pendant la majeure partie de ces dix pièces métalliques et aléatoires. Chacun vibre à sa propre fréquence, et le son, souvent écorché et rachitique de la guitare d’Eisenbeil, tout en rupture et accords tordus, affronte difficilement le barnum électronique de Tom Hamilton. On ressent un vrai déséquilibre, une lutte âpre pour jouer sur un pied d’égalité afin de pour pouvoir s’entendre et discuter. Ces pas hésitants n’auraient jamais eu plus de valeur que les bruits de radio, de modem en déroute ou de bacon grillé (« Walley Spawn ») si par quelques instants fugaces, ou au bout de leurs parties de cache-cache, les deux musiciens s’accordaient enfin pour entrer dans une transe déconcertante tout à la fois bruitiste et intimiste. Reste à savoir si les longues déambulations qui précèdent ces moments de grâce leur donnent plus de valeur ou desservent in fine le travail radical de Bruce Eisenbeil et Tom Hamilton.