Fred Schneider - Seul à seul

19/04/2009

Par Christophe Manhès

Label: Great Winds

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Ça saute aux oreilles, le bassiste français Fred Schneider fait à peu près tout ce qu’il veut de son instrument. Virtuose d’expérience et d’inspiration jazz-rock, difficile de le ranger pour autant dans la catégorie de ceux qui s’écoutent eux-même, avides de slaps et de tappings « furiosos », abandonnées aux vents mauvais et récurrents de l’égo. Avec lui, et c’est de ce point de vue une bonne surprise, on est loin de la virtuosité tape à l’œil des Stuart Ham et consorts. Dans Seul à seul, son dernier projet solo, Fred Schneider cherche bien au contraire à partager un peu de sa sensibilité à fleur de peau et de son swing onctueux aux motifs frais et colorés. Il navigue sur de douces vagues romantiques, lumineuses… mais à la limite de la naïveté !

Et c’est tout le problème. Il manque à sa musique un tempérament accrocheur capable de puiser dans des profondeurs moins conventionnelles. Du coup jamais Seul à seul ne réussit à être essentiel. À une ou deux exceptions près (comme le magnifique « Ishka  »), les compositions glissent trop facilement et sans vertige. On parvient même par s’ennuyer avant le point final de cet album au goût éclectique mais décousu. C’est une erreur répandue de croire que l’on aime les matières feutrées plutôt que rugueuses, impossible de laisser sourdre un peu d’intensité.

Comment réussir alors l’exercice ardu d’un album instrumental si aucun risque n’est pris pour capturer l’attention ? Soit, on ne demande pas à tous les virtuoses de la basse d’être capable d’incarner la puissance créative de Les Claypool ou de Marcus Miller. Mais, comme en littérature, il est toujours difficile de prendre au sérieux les histoires trop sentimentales si elles manquent de fond. Et, malgré ses qualités d’exécution évidentes, on a tout de même tendance à ranger ce disque plus au rayon Harlequin qu’à celui des essentiels.