DPZ - He's Looking at You, Kid

15/04/2009

Par Mathieu Carré

Label: E-Motive Records / Orkhestra

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Le grand drame du jazz dont on parle régulièrement dans ces colonnes, reste que sa simple assimilation présumée ou réelle à une petite église fait fuir la quasi-totalité des auditeurs qui pourraient l’apprécier. Pourtant DPZ, mené par le saxophoniste Thomas de Pourquery et le tromboniste Daniel Zimmermann, n’a rien d’une troupe d’élite en démonstration. Ils se fraieraient avec la même incertitude que beaucoup un chemin vers une autre musique. Pas de thèmes ou d’improvisations calibrés et de final à l’unisson. Ces mecs (dans le sens le moins misogyne possible) se donnent, laissent de la sueur sur le béton avec ce disque qui sent plus la bière discount et les blagues creuses entre potes que les boiseries de Saint Germain des Prés, car ces jeunes gens jouent juste, restent précis mais gardent néanmoins la candeur d’un groupe d’adolescents géniaux.

Groupe au sens le plus tribal du terme, si Pourquery guide les débats, il ne phagocyte jamais ses acolytes loin d’être accessoires. En plus d’une violence un peu crasse et malsaine (« Mamelles »), il suinte souvent un lyrisme indéniable de cette musique (« Alix sans X », « Australopithèques ») qui évoque Limousine, autre production nocturne où Maxime Delpierre et David Aknin faisaient déjà des leurs à la guitare et à la batterie. Sur ce chemin indécis et passionnant, pavé d’effets électroniques ou de sirènes de guerre, DPZ nous emmène loin de nos frêles certitudes ; avec un sens inné de la musique, ils parviennent à faire vibrer en quelques accords dégueulasses de guitare la bête infâme et lubrique qui sommeille en chacun de nous avant de nous achever avec une montée en puissance rythmique qui mettrait à genoux la faune nocturne de plus d’une boite branchée quand l’aube se dessine (« Rosée Superbe »), grandiose !