Bat for Lashes - Two Suns

06/04/2009

Par Aleksandr Lézy

Label: Astralwerks

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S’exprimant sur le très acclamé Fur and Gold, son premier album sorti en 2006, la jeune Natasha Khan prononçait ces mots : « c’est un disque de fables modernes explorant les dualités sur un certain nombre de niveaux : deux amants, deux planètes, deux facettes d’une personnalité ». Il semblerait qu’elle ait décidé d’exploiter à nouveau le sujet avec ce nouvel album : méditer sur la philosophie du soi et de la dualité, ce besoin de chaos et d’équilibre, d’amour et de douleur, en un mot, le concept d’existence.

La belle anglo-pakistanaise continue d’envoûter de sa voix suave, douce et captivante, parfois multipliée en plusieurs strates dans des harmonies aventureuses. Ses mélodies vocales étendues imposent le respect par leur diversité et leurs développements subtils. Son timbre rappelle celui de Tori Amos, tandis que sa démarche musicale des plus originales au sein de la pop se tournerait plutôt vers celle de Kate Bush. La multi-instrumentiste a le chic pour superposer des éléments inattendus, construire des rythmes captivants. « Two Planets », par exemple, fait étrangement penser à Björk. Bat for Lashes conserve néanmoins un univers propre aux allures de récits fantaisistes modernes inspirés de contes sombres et envoûtants.

Malgré leur format radio, les onze titres de Two Suns magnifiquement illustrés sur la pochette dans les mains de l’artiste, sont pourtant formulés différemment dans leurs structures et dans leur contenu. Les habituels couplets/refrains se dévoilent subtilement, et laissent ainsi apparaître l’évolution dans l’écriture délicate de Natasha Khan, accompagnée cette fois-ci par quelques invités comme Scott Walker, Yeasayer et la surprenante Pearl. La production impressionne par sa sophistication. Loin des approximations sonores du premier essai, cet album enregistré entre l’Europe et les Etats-Unis confirme ainsi tous les espoirs placés en elle auparavant.

Bat for Lashes démontre avec ce nouvel présent que la pop ne se cantonne pas toujours à une bouillie insignifiante et sans saveur et qu’il existe un sang neuf. Il faudra prendre du temps pour apprécier cet album mystique. Voluptueux, changeant, parfois un peu trop calme, des titres comme « Glass », « Daniel » ou « Pearl’s Dream » seront pourtant les pierres de vie d’un nouveau culte.