Isatys - Planète Germinal

04/04/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Autoproduction

Site:

Un disque un peu délicat à traiter. La chose est bien amenée : un groupe français, les deux pieds ancrés dans la glaise grasse et luisante de la Champagne pouilleuse (ils sont Aubois), un texte écrit par Christian Décamps lui-même (« Darfour Thermostat Lose »), des paroles tantôt égrillardes (« Le Bénédictin » et son goupillon, vaste programme), tantôt amoureuses transits (certes un peu convenues mais qui font mouche – « Le temps qu’il nous reste »). Délicat, car le disque est agréable sans être subtil, relativement peu novateur, mais peu nous chaut dit la baronne, et elle a raison, la garce.

Ce qui retient les papilles auditives, c’est cette maîtrise extraordinaire des instruments et des orchestrations : les riffs de guitare arrivent à point, suivent nos pulsions à mesure que les textes, fort bien écrits, se métamorphosent en mille images dans nos cervelles citadines. Une mention spéciale pour le batteur Tony Bonnefond qui vient ponctuer efficacement, comme une délicate épice, l’ensemble des mets de choix mis à disposition. Peu nous chaut, insiste la baronne, parce que c’est évidemment fort bon, et il est à craindre que cet album, pris pour un clone de plus de Ange, passe aux oubliettes alors que pour une fois, nous avons affaire à des musiciens talentueux, qui savent équilibrer mélodies, nuances, atmosphères, et qui, surtout, ne nous engoncent pas dans des délires verbeux et insipides.

Isatys est un nom à retenir : les liens avec les grands Belfortins sont évidemment patents, mais il persiste une touche, une marque, rehaussée par une production soignée, qui doit avertir l’auditeur. Délicat donc, car cette image risque de nuire au contenu ; tout y est en effet « angélique » : l’humour, les jeux de mots, les digressions, la moquerie, Un groupe qui incarne cette petite lumière qui nous indique que d’autres souffles arriveront peut-être de la Champagne. Laissons-là la Baronne et son goupillon, elle n’est jamais contente, et dégustons, car le temps passé à écouter Planète Germinal est du temps gagné.