Vladimir Bozar 'n'Z.S.O. - Universal Sprache

28/03/2009

Par Christophe Manhès

Label: Imago / Orkhestra

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Les passants commencent à avoir peur. C’est que ça se réveille au fond des caves ! En France, on le sait, le rock ‘n’roll est de retour avec ses jets électriques débridés et ses histoires aussi théâtrales que loufoques. Car, allez savoir pourquoi, le rock underground frenchie possède un goût prononcé pour l’absurde. Comme irrépressible, et en réaction au vieux fond cartésien de notre culture, la grosse déconnade devient une sorte d’arme de destruction massive. Sebkha-Chott, Enhuma, Pin-Up Went Down, Biocide et les inénarrables Ultra Vomit sont des exemples parmi bien d’autres de cet esprit irrespectueux. Le Vladimir Bozar ‘n’Ze Sheraf Orkestar fait partie de ceux-là.

Pont tendu entre la musique d’Estradasphere et la bande originale — fameuse ! — de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, le tout allongé sur un lit de death metal, cette musique représente le fruit improbable de nouveaux dingos dans la galaxie franchouillarde. C’est vrai, ces p’tits gars de Nice (au nombre officiel de sept et pas moins de huit invités !) ont de quoi épater la galerie par leur maîtrise instrumentale et par la variété de leurs arrangements farfelus (« Super Mythoman », « Le Grand Rabbi »). Le groupe se permet tout, touche à tout, vrille les styles les plus antithétiques (death, folk, chorus jazz, électro, classique, world, musique de film…) et utilise un liant « cartoonesque » des plus réjouissants.

Sur le fond donc, rien à redire, mais sur la forme ça fait tiquer. Car ces fadas n’évitent pas toujours l’écueil des juxtapositions effrénées gratuites et parfois lassantes (« Hector ou la défaite de Martin Shin » abuse). L’excès devient facilement l’ennemi du bien, surtout dans le contexte de leur univers décalé qui côtoie davantage un divertissement sans scrupules qu’un avant-gardisme à l’appétit artistique hétéroclite et jusqu’au-boutiste. Enfin, manque encore l’affinage d’un style personnel et des titres à la teneur mieux identifiable, capables de varier les plaisirs sans donner l’impression d’avoir à mixer toujours la même recette. Il n’est pas inopportun de rappeler à cette occasion que les élucubrations discographiques d’un Mr. Bungle restent un modèle indépassable. Et, de toute évidence, encore et toujours une influence majeure.