Search - Today Is Tomorrow

20/03/2009

Par Mathieu Carré

Label: Autoproduction

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S’il reste encore quelque part, cachés dans un quelconque abri poussiéreux à l’abri de la lumière aveuglante du commercialement correct, quelques amateurs d’un jazz universel, à l’écoute de son histoire comme du monde qui l’entoure, on leur souhaite de croiser ce disque réjouissant. En assimilant avec une déconcertante aisance l’héritage d’Ornette Coleman, le trompettiste RJ Avallone et ses acolytes répondent avec aplomb (et un clin d’œil appuyé) à l’intemporel Tomorrow Is the Question du précurseur du jazz libre.

A la fois léger et profond, mais jamais abstrait ni confus, Today Is Tomorrow puise sa force dans une sensibilité à fleur de peau, soutenue par des douces lignes de basse (« Herds ») ou dessinée par une multiplication de flûtes (« Joujouka » aussi émouvant que « Conference of the Birds » de Dave Holland). Avallone et Matthew Maley soufflent souvent ensemble, les thèmes ainsi doublés prennent de l’ampleur avant que l’un des deux protagonistes ne s’échappe, parfois en bredouillant avec enthousiasme quand trop de notes se pressent derrière ses lèvres.

Grâce à un batteur (Bryson Kern) et un contrebassiste (David Moss) au même niveau d’excellence, la pulsation rythmique ne s’estompe jamais et la formation cohérente et généreuse, s’offre dans un grand équilibre d’ensemble. Pas de grand tohu-bohu bruitiste ou de délires anarchiques. Quand quelques secondes s’offrent néanmoins pour des envolées concises mais libertaires, sans fragiliser l’architecture des compositions, Search s’y engouffre, affamé. Spirituel et fougueux, mais surtout intense, cet album est un de ces disques qui embrasse la complexité du jazz sans donner la désagréable sensation de répéter un discours trop bien appris.

Quand bien même Ornette Coleman vit toujours ou que Don Cherry soit malheureusement parti trop vite, leur esprit souffle dans ce disque. Et si demain reste effectivement toujours la question que devrait se poser chaque musicien avant de prendre son instrument, ces énergumènes prouvent qu’il est encore possible d’y répondre, sans oublier son passé ou ses croyances les plus intimes ni craindre l’avenir. Il reste à espérer que ce disque autoproduit trouve ici ou ailleurs un éclairage à la hauteur du talent de leurs auteurs.