Eloy - Eloy

19/03/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Revisited Records

Site:

Eloy est un de ces dinosaures d’Outre-Rhin qui auront, avec le recul, laissé une place relativement discrète dans le monde du rock progressif. Tandis que Genesis, Pink Floyd, Jethro Tull triomphaient et changeaient la face de l’univers musical, les sonorités germaniques affichaient une autre autonomie, un son plus épuré sans doute, des atmosphères indéniablement plus rock, le tout néanmoins dans un relatif « hermétisme » dans le contenu mélodique et dans la ligne artistique. Ce qui est ici qualifié d’hermétisme ne se réduit évidemment pas à une difficulté d’approche : le groupe est accessible, la musique est sensible, très énergique, psychédélique en diable, mais elle ne se laisse pas dompter. Aucune emphases comparables à celles de Genesis, pas de recueillement ou de voyages intersidéraux si familiers à Pink Floyd ; si des parallèles peuvent être établis, c’est avec l’époustouflant Thick of a Brick de Jethro Tull ou même l’univers de Deep Purple. La musique d’Eloy ne s’est jamais accompagnée d’images, de dimensions visuelles immédiatement perceptibles à l’auditeur, ce qui explique sa relative confidentialité : ce qui prime chez eux sont le son, le rythme et la vitesse. Le dépoussiérage proposé par le petit label pédagogique Revisited Records permet ainsi de se familiariser avec un vieil album (1971) qui fait la part belle aux guitares, qui s’ébroue dans des directions multiples, qui file à toute allure et qui a indéniablement posé les assises d’un rock explosif dont les lointains descendants auront été The Pixies ou The Smashing Pumpkins. C’est cette priorité donnée au son, plus qu’aux arrangements et aux mélodies qui doit alerter l’érudit, et qui offrira sans conteste une jolie cure de jouvence à l’amateur sensible.