Big Pop - Big Pop

18/03/2009

Par Mathieu Carré

Label: L'Etrange Sonothèque

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Edward Perrault et Frederick Galiay essaient avec leur duo déjanté Big Pop de redonner de vraies valeurs musicales à un adjectif maintenant vite assimilé comme désignant (parfois à tort) une denrée formatée et de vite consommée. « Pop », trois lettres qui, il y a bientôt quarante ans, représentaient une nouvelle musique audacieuse et généreuse ; sur les vinyles, les autocollants fleurissaient, Soft Machine, Franck Zappa ou Pink Floyd se voyaient labellisés d’office, et aujourd’hui encore, dans les vide-grenier de campagne, l’amateur éclairé bave et se précipite sur tout ce qui arbore les précieux stickers (NdlR : ci-gît le premier et surtout le dernier conseil brocante a être partagé dans ces lignes).

C’est donc vers un rock assumant une diversité presque excessive que Big Pop tend. Et leur premier disque, fruit de deux ans de travail et d’expériences se disperse malheureusement entre ces multiples influences au détriment de la cohérence d’ensemble. Les bons moments sont nombreux avec le fantôme de Roy et son thème qui hante le disque pour donner un côté presque cinématographique à celui-ci ou « Pig Bop », aux relents de John Zorn tout en puissance avec l’apport stimulant de Daniel Erdmann au saxophone ténor, mais comme sur les étals dominicaux évoqués ci-dessus, le bijou introuvable à tendance à côtoyer les ronds de serviette en plastique ou les œuvres en macramé d’une vieille tante. De la rage hypnotique (l’excellent « Continuum »), à l’ambient (« Oum » et « Zombie Slow », Big Pop souffle le chaud et froid pendant cent-quatre (!) minutes sans que l’on sache vraiment à quelle température le plat se doit d’être servi. Variations évidemment voulues par les musiciens mais desquelles ne sort aucune idée directrice.

Puisque le progrès nous privera bientôt de toute limite de durée pour les œuvres sonores, il convient sans doute de se rappeler que composer et écrire un disque reste aussi une histoire de choix, que l’on ne peut résumer le monde entier en un disque. Et puisque que Big Pop revendique (à juste titre) les influences de Sleepytime Gorilla Museum, Art Bears ou This Heat, on ne saurait trop espérer qu’ils laissent leur talentueux mais inégal patchwork pour trouver un peu de la sombre homogénéité d’un Deceit car leur courage musical leur permet d’entrevoir de tels sommets.