DLGZ Rock 5tet - New Tricks for Old Dogs

03/03/2009

Par Mathieu Carré

Label: Pourquoi Faire Simple

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Quoi de plus valorisant, voire d’intrigant pour un groupe nouvellement venu sur le devant de la scène de pouvoir se targuer de la collaboration de John McEntire, membre émérite de Tortoise, désormais quasiment reconverti en Pygmalion des musiques parallèles ? L’homme venu du post-rock capable de faire vibrer la jungle urbaine d’Antibalas a imposé depuis plusieurs années avec quelques autres le son venu de Chicago. Comme on parlait de Detroit ou de Philadelphie dans les années soixante-dix, la cité du Michigan impose sa griffe sur nombre de productions actuelles.

DLGZ Rock 5tet, jeune formation française avec juste deux mini albums à son actif ne fait donc pas dans la demi-mesure en s’attachant les services du producteur. Ils affichent clairement leurs envies, et après tout, pourquoi se contenter du bien quand on vise l’excellence ? Sans avoir peur de se brûler les ailes (ou le budget) au contact de cet environnement exigeant, le groupe fonce se montre à la hauteur de ses ambitions. La réussite essentielle de New Tricks for Old Dogs est sans aucun doute l’ambiance glacée et distante qui s’installe rapidement. Un climat aseptisé et pessimiste, qui peut rappeler le superbe album de Paul Brousseau Kolkhoze Printanium.

Ici aussi les musiciens se heurtent à un univers désenchanté, quasiment hostile et l’affrontent avec courage (« Hurry », qui vient parachever une début d’album très convaincant). Les rythmiques sont souvent hachées, les guitares acérées, et le monde que décrit DLGZ Rock 5tet tient autant du math rock que de George Orwell ou Aldous Huxley. Convaincant au point de verser presque dans l’oppression lors de la deuxième partie du disque. Plus lancinante, inondée par les voix blanches et désespérées ou les rythmes binaires, la violence sous-jacente n’explose jamais vraiment pour se transformer en un malaise fascinant (« Hit Me Three Times (Chocolate Bars & Narcissism) »).

Mis à part sur « My Head Is Heavy » jurant malheureusement un peu dans cette descente d’acide, l’album se termine dans cet étrange désespoir. De la maitrise presque clinique du début, il ne reste plus grand chose. Comme au bout d’une nuit d’excès, entre barbituriques et rupture sentimentale, on aperçoit un réveil qui clignote dans un coin, « 4:00 AM », bientôt l’heure de se lever et de reprendre sa place dans le trafic comme dirait Francis. Welcome to the Machine.