Wu Fei - Yuan

17/01/2009

Par Aleksandr Lézy

Label: Tzadik / Orkhestra

Site:

Wu Fei n’est pas seulement une musicienne virtuose, elle est aussi une compositrice talentueuse. Chinoise vivant à New-York, la ville de l’avant-garde musicale, elle est parvenue à travailler avec les plus grands : John Zorn, Erik Friedlander, Bela Fleck, Fred Frith ou encore Carla Khilstedt, la jolie violoniste de Sleepytime Gorilla Museum. Elle apparaît de ce fait sur le deuxième album Traineater sorti en 2007 de The Book of Knots qui n’est autre que le projet parallèle du batteur Matthias Bossi de SGM. La même année, elle sort son premier album solo A Distant Youth chez Forrest Hill Records avant de signer chez Tzadik.

Yuan se présente comme un album entre musiques ethnique et contemporaine avec son lot d’instruments chinois intégrés dans une perception moderne de la musique classique. Le résultat s’avère brillant voire rare. Sa musique, empreinte de délicatesse et de raffinement fait voyager l’auditeur dans des contrées lointaines pleines de mystères et de curiosités. Les cinq morceaux se différencient tous les uns des autres, chacun apportant son lot d’originalité. « Lou Lan » nous fait découvrir la Chine ancestrale avec quatre instruments vieux de mille ans (le dizi, l’erhu, le yangqin ou le shougu). « Red Carriage » est une pièce remarquable pour percussion solo alliant marimba, tom-toms et gong : rythmes envoûtants, mélodies hypnotiques et rigolotes, résonnances prenantes. Puis Wu Fei fait part de ses talents de musicienne sur son instrument fétiche, le guzheng préparé par ses soins. « Yuan ? Yuan ! Yuan… » se révèle être une pièce intense et étrange. « She Huo » interprétée par l’ensemble des percussions claviers de Lyon avec Wu Fei encore une fois à la voix et au guzheng se meut dans les sentiments de gaieté et de joie avec l’impression d’un moindre niveau de qualité d’écriture. « Before I Wake » sonne, tel un bouquet final, comme la pièce qui sort du lot. Interprétée par l’excellent pianiste Stephen Drury (un des officiels de John Zorn), cette pièce solo, douce, technique et mélodique impressionne tout simplement. Le syndrome « chinois » s’efface et laisse libre cours à une écriture occidentale, démontrant le talent incontestable de Wu Fei et son ouverture d’esprit.

Yuan n’est assurément pas un disque comme les autres. Cette fresque aux couleurs orientales demandera de l’attention et le rendra bien à l’auditeur qui se sentira libéré de ses soucis et de ses frustrations. Une belle personnalité associée au charme de la Chine ancienne et moderne.