Robert Berry - The Dividing Line

15/12/2008

Par Jérôme Walczak

Label: Frontiers Records

Site:

C’est dans les années soixante-dix, avec son groupe Hush, aujourd’hui passé aux oubliettes, que Robert Berry commença à se faire connaître. Très rapidement, l’artiste solitaire prit son envol, collaborant avec Keith Emerson et Steve Howe, baguenaudant de labels en labels, curieusement toujours estampillés progressifs, comme Cyclops par exemple. Dans une veine très mélodique, foncièrement rock FM (il n’est pas originaire de San Francisco pour rien), on le retrouve avec un nouvel album au son soigné et particulièrement bien arrangé. Berry déploie avec talent sa voix épique associée à un jeu de guitare héroïque, dont Meat Loaf, Bon Jovi ou Air Supply seraient les grotesques avatars. Il faut aimer la pompe et la symphonie en écoutant ce disque bien attachant qui, sans être fondamentalement novateur, n’a strictement rien à envier à un mauvais Dream Theater, et où se surimposent avec tranquillité des morceaux construits, assez courts, harmoniques et parfois entraînants (« One Good Man » fait, à ce propos, figure de tube incontestable). Berry est un des derniers dandies, il maîtrise conjointement une classe évidente, la délicatesse et la fougue. Son travail n’est jamais trop technique, au contraire, cet artiste sait jouer mais ne met jamais en avant ses capacités : ce qui l’intéresse, et c’est heureux, ce sont les mélodies. Il sait faire de la bonne chanson, entraînante en diable en y apportant tout le soin nécessaire ; lorsque la guitare intervient, elle est laissée à sa place, en arrière-plan, et pour une fois qu’on n’a pas à faire à un manuel de pédagogie de la six cordes, saluons l’initiative. Robert Berry est un dinosaure, un artiste un peu à part qui ne réclame rien d’autre que de nous faire plaisir, ce qui, de ce point de vue, est une véritable réussite. Il manque juste un petit morceau vaguement majeur, une pierre angulaire qui ferait définitivement taire les pisse-froid ; bel essai, à transformer néanmoins.