Richard Pinhas and Merzbow - Keio Line

26/11/2008

Par Mathieu Carré

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Merzbow compose-t-il de la musique ? L’artiste japonais multiplie les enregistrements bruitistes, entrainant avec lui quelques fanatiques admirateurs et se pose probablement au-delà de ces considérations. Il faudrait davantage le considérer comme un architecte, un maître d’œuvre jouant avec les masses sonores et les larsens comme d’autres construisent des villes. Il vient ici ajouter son atypique talent à celui de Richard Pinhas, guitariste philosophe, prêcheur des glorieuses années 70 de la musique électronique française qui creuse depuis avec détermination un sillon où les éclats électriques se fondent dans une hypnose dérangeante.

Les deux hommes partagent le goût des grands espaces, des sons et des vagues sonores qui oscillent à leur rythme propre. Keio Line, enregistré au fin fond de la banlieue tokyoïte est le fruit de ces deux approches radicales, nourries d’indépendance.Alors que le précédent disque de Richard Pinhas Metatron laissait une place conséquente à une violence rock portée par des cinglantes interventions de guitare, on entre ici de plein pied dans un univers sombre dont les seules limites restent les lointaines ondulations électroniques. Des frémissements électrostatiques, quelques notes en suspension, une atmosphère se met en place avant que Merzbow ne vienne habiter l’espace avec sa lourde armada industrielle. Mais guidées par le français, ses déflagrations sonores ne deviennent jamais inutilement agressives.

Rien n’est plus de l’ordre de la peur, de l’affrontement ou de l’élitisme forcené qui pousserait à produire des sons les plus violents et abscons possible en espérant juste choquer les bonnes mœurs conservatrices. Il n’y a plus de mélodies, pas de paroles, peut-être même pas de message non plus. Mais cette expérience relève d’une autre richesse très visuelle, elle transporte dans un futur incertain. Dissimulation dans une jungle hostile tenant presque d’un jeu vidéo d’infiltration, visite de chantiers navals, Godzilla détruisant Tokyo, lasers derniers cris, hélicoptères en suspension se mêlent.

En six expériences ultra sonores durant entre huit et vingt-et-une minutes, le vingt-et-unième siècle est aggloméré. Les candidats à l’expérience devront néanmoins s’assurer avoir préalablement fait la paix avec leurs démons les plus profonds et savoir où ils engagent leurs tympans avant de se jeter dans le vide et de s’abandonner aux plaisirs primitifs que dégage cette transe aux relents cyber punk.