Outcast - Self-Injected Reality

20/11/2008

Par Christophe Manhès

Label: Manitou Music

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La vie d’un groupe n’est pas celle d’un long fleuve tranquille. Depuis leur premier EP en 2002, les Français d’Outcast ont connu pas mal de changements dans leur formation. Difficile dans ces conditions de garder toujours le même cap. Et de fait, entre First Call / Last Warning, leur premier album, et cette nouvelle offrande, la musique a nettement évolué pour être désormais plus technique et féroce. Quand on pratique une sorte de thrash à la sauce death metal, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Ne tournons pas autour du pot, Self-Injected Reality est un album à la mise en place millimétrée et d’une maîtrise vraiment impressionnante. De l’horlogerie suisse. Sûr, les amateurs du genre vont adorer même si pour les autres, les vacataires du metal, il est possible que quelques ingrédients les empêchent encore d’incorporer le groupe dans le cercle des plus grands qui, de Meshuggah à Coroner, ont su toucher les oreilles exigeantes bien au-delà des genres. Difficile cependant de nier que Outcast n’ait pas désormais sa place parmi les plus fines lames du metal car cet album a la carrure d’un blockbuster hollywoodien et le physique d’une production internationale. Il suffit de se caller entre les oreilles « Autonomy in Progress » (avec en invité, excusez du peu, Jeff Waters), pour comprendre à qui vous avez affaire. Toute la furia et la maestria du groupe y sont contenues. C’est une spirale de breaks et de blast-beats qui vous projette tout cru dans une formidable kermesse métallique. Il faut également reconnaître que ce n’est pas la moindre des qualités du groupe que d’être parvenu à faire groover méchamment ce quasi math-metal. Les autres sont du même acabit, et c’est franchement prenant. Ajouter à ce tableau flatteur une capacité à conclure chaque titre de manière vraiment parfaite — ce qui est un des points faibles de beaucoup de groupes —, et vous aurez le profil des nouveaux caïds du french metal.

Cependant, avec de tels atouts, on se sent forcé de comparer le talent d’Outcast avec celui des meilleurs. Et là, force est de constater qu’il leur reste encore une marge de progression, celle qui fait que l’on passe du bon groupe à un incontournable. Passons sur l’éthéré « Materia Prima » à la naïveté un peu trop décalée. Peu sûr par exemple que l’album n’ait pas un peu trop abusé de l’usage des blasts. Au-delà de leur sécheresse excessive en décalage avec le son charnu du reste de la production, la pertinence de leur utilisation ne fait pas toujours loi, sauf à vouloir caricaturer le genre death. Par sûr non plus qu’Outcast n’ait également pas abusé de sa dextérité en la plaçant au centre de ses préoccupations au détriment de l’impact artistique. La coquetterie des trois/quatre secondes jazzy sur « Reversal » est en cela un signe emblématique : ça ne sert à rien sauf à épater la galerie. Prenez également le riff magnifique de « Feelings Transgression ». Quel dommage que d’y avoir intercalé autant de plans maintes fois abordés ailleurs sur l’album et de laisser s’échapper ainsi l’efficacité de cette superbe rythmique !

En l’état, Outcast va faire sensation car ils sont bons et ils le savent. Ce Self-Injected Reality en est une brillante démonstration. Mais avec plus de maturité dans l’objectif final de leur musique et en dépassant l’aspect souvent démonstratif de leur formule, le groupe a largement les moyens de mettre encore plus de monde d’accord derrière eux. Et nous, chez Progressia, on ne demande que ça.