It Bites - The Tall Ships

03/11/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: InsideOut Music

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Non, The Tall Ships n’est pas le pendant discographique du film « Le Come Back », pas plus que John Mitchell ne ressemble à Hugh Grant. Pourtant, on le voyait venir de loin cet album. Dissimulé sous une fausse identité, attendant son heure pour refaire surface, It Bites avait déjà montré signe de vie en 2005 sous la forme de l’entité Kino, mené par le Clive Nolan de la guitare, fan absolu du groupe, épaulé par John Beck aux claviers et Bob Dalton à la batterie. Puis, feignant un étonnement poli, on découvrait que le groupe se reformait et partait en tournée avec le susnommé John Mitchell. Celui-ci endossait alors le rôle de Francis Dunnery, parti poursuivre une carrière solo aux Etats-Unis.

Malgré ces changements mineurs de personnel, l’auditeur n’est pas pris par surprise. Dès les premières secondes de « Oh My God », le voilà replongé à l’époque de Once Around the World, confronté à des chœurs et des claviers qui le feront soit fuir sans demander son restes soit endosser une combinaison spatiale pailletée. Pour commencer, qui dit It Bites, dit quelques bons tubes calibrés FM. « Ghosts », « Memory of Water » ou « Fahrenheit » remplissent ainsi à merveille leur rôle de Youpi Machines. Evidemment, il ne s’agit guère du genre de tubes qui passent aujourd’hui sur les ondes : les titres sont trop longs, les interprètes trop vieux, trop bien rasés, n’ont pas assez de poitrine et jouent – pensez donc ! – du rock mélodique et même pas méchant.

L’efficacité est maximale, malgré tout, d’autant que la voix de John Mitchell, un tantinet plus enrouée que celle de son prédécesseur, tend à « crédibiliser » l’ensemble. Outre des compositions bien calibrées, les Britanniques n’ont pas pu s’empêcher de placer deux ou trois titres « à tendance progressive » (lire « d’une durée indécente et ne reprenant par la structure couplet-refrain »). Avec « The Wind That Shakes the Barley », on s’envole donc directement vers les étoiles, nimbé d’une lumière chatoyante et environné des « cha-la-las » d’anges multicolores. Quand It Bites réinvente le progressif glorieux grand public, sophistication et années quatre-vingt peuvent définitivement rimer.

Néanmoins, même en déployant toute la mauvaise volonté possible, il serait bien difficile de passer sous silence les quelques dérapages présents. Les cœurs en pain d’épice vrilleront probablement plus d’une oreille. « Great Disasters », par exemple, ses « O-hé-ho O-hohoho » et ses claviers dignes des grandes heures de la firme Bontempi n’a que son refrain entraînant pour le sauver du naufrage artistique. Tout droit sorti du Nomzamo d’IQ, « Lights » peut également être considéré de par son appartenance à une autre époque comme un de ces morceaux borderline qui plombent un album. Quant au final valsé de « This is England », il clôture le disque par une faute de goût évidente !

Et pourtant… Certains manifesteront peu d’hésitation à se laisser emporter par cette lame de fond gorgée de colorants et de glutamate. Qu’il s’agisse d’un plaisir honteux ou assumé, The Tall Ships procurera le même orgasme en arc-en-ciel, une jouissance anachronique qui espérons-le, ensemencera un rock morose et dépressif. Kino est vraisemblablement mort, vive It Bites !