Doppler - Songs to Defy

30/10/2008

Par Christophe Manhès

Label: SK Records

Site:

Dans la bonne ville de Lyon « …faut que ça gueule ! ». Question de conjoncture probablement, mais aussi de tradition rock’n’roll. Après la grenade dégoupillée de Into the House of Slumber des Bananas at the Audience, voilà que vient d’atterrir sur nos étagères un autre boutefeu du label SK Records. Le noise en porte-voix et dix ans d’exercice pour seulement deux albums, ça donne l’ambiance rocky underground show — comme la braise ! — de la musique des Gaulois.

Résultat, quarante-cinq minutes d’emphase pétaradante et frénétique. Avec au menu, comme il se doit, du très gros son qu’alimente en vitamine une section rythmique basse/batterie proche de la fission nucléaire ; un chant braillé, façon barbare partant au combat et remixé au mégaphone ; sans oublier les guitares et leurs « délicates » partitions qui feraient passer le vacarme strident d’une scierie industrielle pour un doux chant de Noël !

Chacun sait qu’au milieu du cyclone subsiste un calme trompeur. Heureusement, dans l’œil du cataclysme déclenché par Doppler, demeurent quelques subtilités qui grâce aux contrastes saisissants qu’elles provoquent, accentuent la volonté destructrice de cette musique. Dans ces rares moments immobiles, l’horlogerie de mise à feu de la batterie de Yann Coste surprend. Tendue, presque à contre-emploi, elle provoque des frissons inoubliables. Comme sur « Il Manifesto » et « We Are Not Sick » où la tension graduée des titres est décuplée dans sa force après que notre spadassin des fûts y fait entendre sa redoutable percussion.

Seulement les qualités évidentes de cette musique et l’urgence non feinte dont elle témoigne masquent difficilement le manque de variété des compositions. C’est que Doppler jouit toujours un peu de la même façon, c’est-à-dire à la hussarde. Pour le Kama-sutra faudra aller voir ailleurs, plutôt du côté « thrashy » des Voivod dont « Nothingface » et « The Outer Limits » restent encore des modèles de sauvagerie raffinée.

Doppler expose ainsi les qualités de ses défauts. Direct, percutant, dense et surtout très puissant, le groupe a encore un peu de mal à varier les reliefs de ses compositions. Mais c’est certain, les amateurs de noise apprécieront l’uppercut. Les autres, passés les trois excellents premiers titres, devraient se lasser plus vite.