Grails - Doomsdayer’s Holiday

25/10/2008

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Temporary Residence Ltd

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Terrifiant ! En ces temps incertains de schizophrénie généralisée ou presque, écouter un tel disque n’aide absolument pas. Noire au possible, son âme évoque en effet une certaine atmosphère blues qui prend à la gorge même si elle ne s’y apparente formellement pas. On peut certainement y voir une version instrumentale d’un Oxbow en pleine dépression, à l’instar de ces cris féminins qui ouvrent l’album.

Formé en 1999, ce groupe de Portland dans l’Oregon n’en est pas à son premier essai. Grails est même prolifique car ce Doomsdayer’s Holiday n’est autre que le septième album, après le très réussi Burning Off Impurities l’année passée et un EP, Take Refuge in Clean Living, au début de celle-ci. Si le groupe continue sur la voie qui est la sienne depuis quelques temps, à savoir ce post-rock instrumental, expérimental et psychédélique mélangeant allègrement avant-garde bruitiste, krautrock et passages planants à la Pink Floyd, force est de constater qu’il ne s’embourbe pas (encore) dans la redite. Par rapport à son prédecesseur presque éthéré, ce nouvel album s’avère plus metal, plus massif et d’une certaine manière plus sombre. Black Sabbath n’aurait sans doute pas renié certains riffs («Doomsdayer’s Holiday », « Reincarnation Blues »). La pochette – une femme plantureuse masquée à califourchon sur un porc – ne fait rien pour dissiper cette impression avec son aspect provocant limite racoleur.

Malsain, présentant en quelque sorte une apocalypse écologique qui culmine avec « X-Contaminations », Doomsdayer’s Holiday se termine très mal, ou plutôt trop bien. En effet, « Acid Rain » renoue avec le Pink Floyd de 1971 pour un final presque ensoleillé. Les pluies acides, on connaît cela depuis des dizaines d’années, c’en est presque rassurant. Et ce bruit de fond inquiétant qui semble néanmoins s’éloigner pour un moment, ouf ! L’espoir, toujours l’espoir, ou le cynisme ? Grails manie son humour de façon déconcertante. Ce dont on est certains toutefois, c’est que la formation présente une face autrement plus séduisante du (post) rock instrumental américain qu’un Pelican insipide ou que des Red Sparowes sans surprise. A écouter dans le noir.