Captain Squeegee - Nothing vs Everything

23/10/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

Site:

De temps en temps, sortis de nulle part (disons l’Arizona), apparaissent des musiciens pétris d’un talent, dont ne sait exactement où ils sont allés le chercher, ni même s’ils en sont conscients. Une alchimie se produit alors pour donner lieu à un happening artistique qui frôle l’état de grâce. L’osmose qui règne entre les musiciens de Captain Squeegee sur Nothing vs Everything est de cet ordre-là, rien de moins.

Rejeton improbable entre un groupe de pop anglaise, un big band de jazz et de rockeurs alternatifs, ce groupe de boys américain possède héréditairement toutes les qualités de ses géniteurs : la liberté de ton et l’immédiateté du rock, l’accessibilité des mélodies et la fraîcheur juvénile de la pop, les arrangements, le groove et le côté festif du big band. Des cuivres enjôleurs font insolemment la nique à une section rythmique vigoureuse, tandis que la voix à peine adulte de Danny Torgersen tempère tout ce beau monde et semble chanter « Hé, ne vous prenez pas trop au sérieux, la vie est belle ! ».

Les onze titres de l’album brassent une telle quantité d’influences qu’il serait vain de vouloir coller une étiquette sur les fesses encore toutes roses du septuor américain. Lorsque le funk rencontre le metal, lorsque le jazz flirte avec la musique folklorique, lorsque l’americana fusionne avec l’indé, on obtient Nothing vs Everything. L’uniformité est déclarée persona non grata, le formatage radio trouve porte close et la fanfaronnade se voit gentiment remerciée. Le talent de Captain Squeegee est sous une seule emprise : celle du plaisir.

Et si l’album prend sans aucun doute une toute autre dimension en concert, cette petite perle de joie et de feeling peut tout de même se prévaloir d’être servie par une production live succulente qui donne l’illusion de se retrouver au pied d’une scène en train de frapper des mains et de sautiller sur place.

Ces musiciens n’ont peut-être pas encore tous perdu leur pucelage qu’on leur prédit déjà un bel avenir. Si un label digne de ce nom voulait bien se donner la peine de se pencher sur ces jeunes prodiges, il pourrait sans doute prétendre au titre du Nez 2008 Le Plus Creux. En attendant, Nothing vs Everything risque d’user votre platine jusqu’à la corde.