Beat Circus - Dreamland

22/10/2008

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Comme si toutes les horloges de Boston s’étaient arrêtées de tourner vers la fin du 19ème siècle, la scène musicale post cabaret menée de front par The Dresden Dolls, Reverend Glasseye et HUMANWINE ne saurait aujourd’hui compter sans Beat Circus, le groupe de Brian Carpenter, multi-instrumentiste et personnage décalé voire énigmatique. Dreamland est le second album du collectif comprenant une base de neuf musiciens rejointe par divers invités tout au long des quarante-cinq minutes de musique. Celui-ci est en réalité la première partie de « Weird American Gothic », une trilogie (150 pages de partitions) basée sur le parc d’attractions de Coney Island aux Etats-Unis nommé Dreamland et de ces gens étranges et surréalistes qui le fréquentent et le peuplent.

Dans cet univers « americana-cabaret-manouche-contemporain », la théâtralité joue un rôle considérable pour créer un climat excentrique à la Danny Elfman (« L’étrange Noël de Mr Jack » sans les sons de synthétiseurs) ou à la sauce Freakshow de The Residents. En effet, l’instrumentarium est hallucinant, totalement différent de celui d’un groupe de rock classique : le banjo remplaçant la guitare, les casseroles et autres cuillères la batterie, l’accordéon, l’harmonica, l’orgue à pompe et la harpe les claviers et la basse transcendée par le tuba, le trombone et les saxophones. Cela ne serait rien sans le violon, l’alto et le violoncelle empruntant leur aura aux mélodies slaves. Toute cette machinerie contribue à la beauté d’une musique savamment écrite et de morceaux chantés qui s’entremêlent à de courts instrumentaux, faisant ainsi défiler de petites scènes correspondant aux personnages. De l’introduction « Gyp the Blood » et sa mélodie fantomatique d’entrée en matière jusqu’à la conclusion de l’album, Beat Circus attire les foules en décomposant les époques musicales et stylistiques sans jamais perdre le cadre de son récit.

C’est donc le sentiment d’une orchestration et d’une écriture d’une extrême qualité à la manière d’un Frank Zappa qui fait figure ici, et d’une musique présentant toutes les caractéristiques de celle d’un bon film. Piquant, inconventionnel, impressionniste, Dreamland dévoile les premières lignes d’une histoire à compléter. Le talent de Brian Carpenter n’est plus à démontrer mais bien à maintenir pour les deux prochains volets de cette trilogie aux multiples facettes. Bravo !