Supersister - Present from Nancy (rééd.)

16/10/2008

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Esoteric Recordings

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Le rock progressif, né dans les milieux huppés de la middle class de la métropole londonienne, a essaimé partout en Europe continentale avant même le succès du joyau In the Court of the Crimson King en 1969. La Hollande fut touchée au premier chef, particulièrement par les tournées de la première vague prog-psyché de 1967-68, à savoir les indéboulonnables Pink Floyd et Soft Machine, dont l’influence sur la scène locale est indéniable. Supersister est donc issu de ce milieu foisonnant. Le personnel se stabilise au cours de l’année 1969, ce qui va permettre au groupe de développer son style, très proche de l’école dite de Canterbury (Soft Machine, Caravan).

Le nom de Soft Machine reviendra souvent dans cette chronique. En effet, dans ses premiers enregistrements, à savoir ses deux premiers singles et son premier album, Present from Nancy (1970), réunis pour cette nouvelle édition par Esoteric Recordings, le label de Cherry Red Records, Supersister ne peut cacher cette obédience très – trop ? – prononcée. Le groupe adopte quasi la même structure de groupe que son mentor de Canterbury : claviers (Robert Jay Stips), basse (Ron van Eck), flûtes (Sacha van Geest), batterie (Marco Vrolijk). Les morceaux rappellent les deux premiers albums de la machine molle, à la fois dans leur construction, dans l’utilisation de cet humour débridé et dans la façon qu’à Robert Jan Stips à vouloir couiner comme Mike Ratledge avec son clavier. Mais n’est pas Ratledge qui veut !

Cela dit, Present from Nancy, subdivisé en quatre parties de huit à dix minutes chacune pour la plupart instrumentales, contient au moins deux perles qui le rendent indispensable : la première partie éponyme, dont le travail de Robert Jan Stips au piano, alternant passages latino et jazzy, est absolument superbe, et l’élégiaque « Dona Nobis Pacem », là aussi le beau Robert est à l’honneur, tout simplement l’un des meilleurs morceaux de cet an de grâce 1970. Si le reste de l’album semble moins indispensable, y compris les deux premiers singles du groupe en bonus, il n’en demeure pas moins vrai que Supersister va devenir très vite une référence de cette première moitié des seventies, pourtant bien riche en surprises musicales.