Speed / Cheek / Leibovici - Jugendstil

14/10/2008

Par Mathieu Carré

Label: ESP-Disk'/ Orkhestra

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Jugendstil fait partie de ces albums qu’on ne devrait écouter qu’au cœur de la nuit, quand le silence s’avance, et que l’on se retrouve fortuitement seul avec toutes les questions que la fureur quotidienne empêche de se poser. Intimistes, presque indiscrètes, les compositions du contrebassiste Stéphane Furic Leibovici fouillent dans les entrailles de ceux qui oseront s’y confronter. Porté par le talent expressif du clarinettiste Chris Speed et du saxophoniste Chris Cheek, on voyage sur cinq miniatures dédiées au compositeur américain Elliott Carter qui tiennent presque du trio de musique contemporaine avant de se laisser submerger. Ensuite, les improvisations venteuses, se fraient un doux passage à travers l’écriture minimale et décidée de Leibovici, jouant autour d’un sombre ostinato alors que Cheek et Speed dansent ensemble, s’effleurent et se lient (« A Music of Tranquility »). L’absence de batterie donne à ces instants une légèreté qui rappelle les déambulations nocturnes de Kenny Wheeler, Lee Konitz et Dave Holland lors l’intemporel Angel Song. Rien n’est superflu, tout est à sa juste place, il ne reste plus qu’à profiter du travail des trois hommes, et de la mise en valeur de la spécifité de chaque instrument proprement éblouissante. L’apparente modestie de cette formation atypique dissimule mal la richesse de ce disque. Tel un peintre qui d’un geste franc et pur, trace les bases d’un futur tableau, Leibovici va à l’essentiel, et réveille chez l’auditeur une sérénité que l’on croyait réservée aux plus sages d’entre nous.