Hamster Theatre - The Public Execution of Mister Personality

11/10/2008

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Thinking Plague a fourni depuis quelques années les meilleurs musiciens du RIO : 5UU’s de Dave Kerman et Bob Drake, David Shamrock de Sleepytime Gorilla Museum, et depuis 1993 Dave Willey dans Hamster Theatre avec ses deux comparses de Thinking Plague : Mark Harris et Mike Johnson ! Autrement dit, le concept Hamster Theatre ne sort pas de la tête de n’importe qui, ni de nulle part. The Public Execution of Mister Personality : un second album au titre évocateur après Carnival Detournement sorti en 2001, accompagné d’un disque en concert intitulé Quasi Day Room, qui fait suite au Siege on Hamburger City paru en 1998.

Le titre de la première production de Hamster Theatre résonne toujours comme la formule la plus appropriée pour décrire la musique du groupe américain. En créant une confusion générale des genres et en annihilant toute forme stylistique et structurelle, Willey et son groupe réussissent à créer une chimère à plusieurs visages, sans que celle-ci ne soit paradoxalement effrayante. La musique parvient à garder un sens de la mélodie riche et inspirée même au sein d’instants énigmatiques cotoyant certains passages abstraits et qui ne correspondent qu’à des développements non improvisés d’ambiance bruitiste. Chaque moment est réfléchi et apporte un attrait d’autant plus grand aux morceaux.

L’ombre d’Henry Cow et d’Univers Zero se laisse entrevoir dans ce Rock in Opposition distingué. En revanche, il ne serait pas juste d’associer le groupe à la musique des Balkans à cause d’un accordéon très présent et de quelques touches de clarinettes. Il ne s’agit pas ici d’un habillage mais d’une texture sonore ajoutée à un ensemble, qui remplace en quelque sorte une ligne de chant, donnant à ce groupe instrumental sa si forte personnalité.

D’excellente qualité, les morceaux se succèdent en des climax différents tout en conservant une unité d’écriture, savante sans jamais tomber dans le « compliqué pour faire compliqué ». L’intérêt de ce groupe réside dans la force qu’il a de maîtriser une forme moderne et originale du rock.

A une production quasi parfaite s’ajoute une rigueur musicale qui contraint les ingénieurs du son Dave Willey et Jon Stubbs à garder un certain naturel dans les sonorités des instruments dits à vent (trombones, saxophones, clarinettes et flûtes) mais aussi pour l’accordéon, la mandoline, le banjo et le marimba, sans compter diverses percussions !

Cuneiform Records nous gratifie également du fameux disques bonus d’un concert de Seattle d’août 2002 nommé Quasi Day Room. Des titres du premier album combinés à d’autres compositions inconnues émaillent le show à l’enregistrement qui laisse pantois et dont la qualité des interprétations donne le ton, tant par la justesse de chaque note que de l’improvisation çà et là. Tous les petits bruits et détails sont restitués, tout autant que les applaudissements des quelques spectateurs réunis pour l’occasion. On s’y croirait.

Bien que le disque principal ne dure que quarante-cinq petites minutes, celles-ci sont tellement fraîches et réjouissantes qu’il serait difficile de s’en plaindre. Hamster Theatre offre un album riche, accessible à un large public tout en restant évidemment en marge du rock classique. Son aspect « guignolesque » et « fanfare » traduit le plaisir qu’ont les musiciens de marier la légèreté au sérieux.