Lowell Davidson - Trio

04/10/2008

Par Mathieu Carré

Label: ESP-Disk'/ Orkhestra

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Bien avant les multi-diplômés frères Moutin, Jean-Michel Pilc ou Franck Avitabile (Grandes Ecoles, Polytechnique et autres DEA en informatique), Lowell Davidson, étudiant émérite en biochimie à Harvard se donnait déjà au jazz, loin des chiffres, des lois et des règles. L’expérience fut brève et intense, une session aujourd’hui désensevelie en 1965 avant que Lowell Davidson ne se blesse grièvement dans un accident de laboratoire. Cruel destin et cruel manque quand, à l’écoute de cette réédition, on reçoit une telle leçon d’un homme qui avait compris l’essence de la musique improvisée, et semblait même en deviner les excès futurs. Au sein du classique trio piano, contrebasse (Gary Peacock pas encore salarié d’exception), batterie (Milford Graves, toujours impeccable d’audace), Lowell Davidson, s’implique sans tomber dans l’abstraction, invente des histoires avec des mots d’enfants, les répète, y ajoute fantaisie et surprises mais ne lâche jamais la trame narrative qu’il a commencé. Il s’engage physiquement et surtout rythmiquement dans son récit, rebondit sur ses acolytes, joue les notes par grappes, semble sur le point de sombrer, mais survit toujours à l’attraction du vide qu’il tutoie. Un peu naïf ou timide mais surtout clairvoyant, il promène son propos loin des dissonances parfois coupables et sait jouer de cette apparente simplicité pour émouvoir profondément (« Stately 1 »). Le jeune prodige découvert par Ornette Coleman n’aura donc jamais obtenu la reconnaissance musicale à laquelle son talent le prédestinait. Loin des sciences abstraites qu’il côtoyait quotidiennement, Lowell Davidson s’offre et lègue le message d’un poète génial et adolescent dont nous pouvons profiter aujourd’hui.