Marcoeur - Travaux pratiques

21/09/2008

Par Christophe Manhès

Label: Label Frères

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Si le talent est donné, l’art ne se révèle qu’aux plus obstinés. C’est pourquoi on ne se rend jamais assez compte à quel point la perfection du geste de l’orfèvre peut représenter une vie de labeur. Et il faut bien trente-cinq ans de carrière d’un entêté comme Marcœur pour parvenir à ciseler un disque comme Travaux Pratiques.

Indécrottable trublion qui embrasse le cul de la pop avec l’élégance des poètes et l’ironie des philosophes, notre musicien, depuis ses premiers albums seventies truculents comme ceux de Zappa, parvient toujours à sortir résolument des sentiers battus tout en sachant ne jamais perdre de vue son propre chemin. Imaginez un maître-parleur — slameur avant l’heure — qui fait s’accoupler les mots avec rythmes et mélodies comme deux corps amoureux. C’est forcément sensuel, beau et gourmand.

Dixième album d’Albert Marcœur, cette nouvelle oeuvre se distingue des précédentes par une étonnante sensibilité. Ludique et foisonnant dans ses premières amours, Marcœur exprime aujourd’hui un raffinement très perméable à l’émotion et fait de sa musique, comme jamais, une sorte d’épure où chaque pulsion et chaque mot s’alimentent en énergie fine, capable de réchauffer nos cœurs froids. Avec « Les femmes, ah les femmes ! » et « Un poète péruvien à Paris », vous aurez votre compte de trouble poétique. Avec « Si les fumeurs fument… », vous goûterez aux avertissements sensibles d’un père attentif. Et que dire, sinon qu’il faut absolument écouter l’étonnante performance qui fait d’un « Stock de statistiques » une pièce très sentimentale !

Pertinent dans ses textes et impertinent dans sa musique, jusque dans l’élégance de son art, Albert Marcœur démontre avec Travaux Pratiques qu’il reste le grand artiste diablotin et libre penseur qu’il a toujours été. Sans jamais se prendre au sérieux, il sait nous prendre au sérieux.