Humi (Hopper & Cawkwell) - Dune

19/09/2008

Par Mathieu Carré

Label: Moonjune Records

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Toujours plus loin, toujours lui-même, Hugh Hopper ne s’embarrasse ni des conventions ni du soi-disant bon goût des autres. Aujourd’hui comme depuis quarante ans, il va là où ses envies le portent, que ce soit dans le feu psychédélique joyeusement rétro de Brainville 3 aux côtés de Chris Cutler et Daevid Allen ou au cœur du désert, perdu aux côtés de Yumi Hara Caldwell pour cet album plus aride que jamais.

De moins en moins bassiste, mais plus que jamais musicien, il joue ici les météorologues, fait souffler avec ses machines un vent sec et inquiétant, programme les pluies et les éclaircies au sein desquelles la pianiste, percussionniste et chanteuse asiatique crée quelques éphémères tableaux.

Déroutant et enveloppant, Dune n’est sans doute pas fait pour être disséqué, mais plutôt ressenti. Prolongement radical de la musique ambient des seventies et de l’improvisation, on y découvre une faune futuriste et inquiétante. Quelques lignes de basses en filigrane (« Light Snow ») soutiennent parfois le propos, permettent au visiteur imprudent de ne pas d’égarer irrémédiablement et peut-être aussi simplement de poursuivre sa route sans céder à un raptus anxieux sous l’influence des déambulations désarticulées au piano. Objets étranges où la voix de Yumi inquiète, sculptures sonores laissant entrevoir un travail d’orfèvre (« Distant Dune »), les dix plages de ce Dune s’apprécient comme autant de toiles contemporaines.

En poussant au bout leurs recherches sonores, et en laissant libre cours à leurs intuitions, Hugh Hopper et Yumi Hara Cawkwell éprouvent les limites du musicalement conventionnel. De plus en plus expérimental, aux frontières de deux mondes, ce disque laisse l’auditeur en équilibre instable. Hugh Hopper, une nouvelle fois, semble ne pas trop en tenir compte. Qu’il s’enfonce dans ces zones obscures ou non, il reste un personnage singulier et entier, un modèle d’intégrité artistique. On peut ne pas le suivre partout, et notamment lors ce voyage, mais le perdre de vue relèverait de la sinistre méprise.