Ephrat - No One’s Words

19/09/2008

Par Djul

Label: InsideOut Music

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On aurait voulu aimer ce premier album. Sur le papier, il avait d’ailleurs tout pour plaire. Imaginez : sponsorisé et produit par Steven Wilson, signé sur InsideOut Music, des influences revendiquées allant de Megadeth à Kansas, des invités de classe mondiale (Daniel Gildenlöw de Pain of Salvation, Petronella Nettermalm de Paatos et Tomer Z de Blackfield). La déception est à la hauteur de ces espérances.

Car les compositions sont souvent indignes de leurs interprètes et de leur producteur. Première remarque, Omer Ephrat, le maître d’œuvre israélien de ce projet, a une horripilante propension à jouer la quasi-totalité de ses guitares dans les aigües et à la tierce, donnant à l’ensemble du disque des relents metal de mauvais goût et qui s’intègrent mal au reste du disque. Cette forme de lourdeur n’est pas rattrapée par un rythme général des titres plutôt lent, voire pachydermique : « Better Than Anything » et l’instrumental « Blocked » en sont deux illustrations.
No One’s Words est souvent disparate et sans tenue : « The Show » s’englue dans la longueur en voulant absolument caser son passage oriental (sans compter son passage « Steven Wilson » qui a dû faire rougir son producteur…) et « Haze » relève le défi ne pas exploiter le potentiel vocal de Petronella (la palme revenant aux premières minutes, qui frôle l’absurde tant elles sont « a-mélodiques »).

En contrepartie, on se doit de relever chez Ephrat une forme de théâtralité qui rappelle Queen et Pain of Salvation (le réussi « The Sum of Damage Done »), et des passages calmes de meilleure tenue (interventions à la flûte souvent bienvenues). Le pavé « Real », qui lorgne sur les terres de Spock’s Beard, exploite d’ailleurs assez bien ces deux facettes pendant plus de quinze minutes. Mais deux titres finaux ne suffisent pas à sauver un disque trahi par des influences mal digérées et mal croisées, sans doute à cause d’une structure de composition pas assez travaillée, et du fait qu’Ephrat reste un projet solo et non un groupe. Tout le monde ne s’appelle pas Arjen Lucassen ou (soyons chauvin) Nicolas Chapel de Demians.

Ephrat donne souvent la fâcheuse impression de livrer un album qui a probablement quitté trop tôt le stade de la démo. Le potentiel est là, mais un peu de recul sur les compositions aurait sans doute permis de mieux faire le tri parmi des idées qui se marient parfois très mal. Un constat surprenant pour un poulain de l’écurie allemande, qui a si souvent évité l’écueil de la précipitation en matière de signature de jeunes pousses prometteuses. Attendons la suite de cette première ébauche…