Various - Giallo !

18/09/2008

Par Christophe Gigon

Label: Colossus

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Selon la notice promotionnelle décrivant l’objet cité en titre de chronique : « les projets Colossus sont devenus de véritables références du bon vieux rock progressif vintage ! » Cette affirmation pour le moins audacieuse mérite néanmoins d’être nuancée. Certes, ces projets divers au cahier des charges strict (pour mémoire : obligation pour les formations ayant accepté le « mandat » de s’astreindre à coller au plus près de l’esthétique des années soixante-dix, en composant de longues suites progressives à souhait à l’aide exclusive d’instruments d’époque (orgue Hammond, Moog, Mellotrons, Fender Rhodes, Grand Piano, claviers analogiques et effets de guitare typés « années 70 »).

Pour les sceptiques, et ils sont nombreux, ces projets sentent le renfermé et ne proposent que des pseudo-compositions dont le but non avoué est de cloner les bases d’un progressif désuet et daté bien loin de l’audace des Van der Graaf Generator, Genesis, King Crimson ou autres Yes de l’époque. Certes, il serait vain de contester une certaine clairvoyance critique à ces Cassandres mélomanes. Mais si on accepte les « règles du jeu » et que l’on admet une fois pour toutes que ces projets (plus régressifs que progressifs) peuvent procurer du plaisir (au même titre qu’un bon vieil épisode d’Albator pour les trentenaires) à l’auditeur toujours en quête de sa madeleine de Proust, on peut alors envisager une critique nuancée de l’objet.

Quid donc de cet énième projet proposé par l’entité bicéphale Colossus / Musea ? C’est un album conceptuel de rock progressif qui s’inspire du célèbre film de Dario Argento intitulé Deep Red (film italien appartenant au genre alors très prisé, nommé giallo, qui mélange esthétisme baroque, épouvante et fantastique, mystère et thriller) datant de 1975. L’histoire (exposée copieusement dans le luxueux livret) a été divisée en trois chapitres, et chaque groupe participant en a choisi un, pour en tirer une suite de son cru. La longueur totale de chaque suite (à l’exception des deux courtes pièces introductives et conclusives) avoisine les vingt à vingt-cinq minutes.

Mais ceci n’est plus guère un argument valable pour l’amateur de rock progressif blasé. Le tout est clairement influencé par l’école italienne des années soixante-dix et les claviers règnent en maîtres. Si le projet peut parfois faire penser à l’excellent Symphonic Holocaust (1998) de Morte Macabre, en moins audacieux naturellement, c’est plutôt vers un rock progressif classique en diable que lorgne ce (trop) long disque. Bref, si certaines parties de claviers sont magnifiques, on s’ennuie souvent ferme à l’écoute de cette production.

A déconseiller aux défricheurs de nouveaux sons ! Mais l’auditeur lambda est en droit de se poser la légitime question : Colossus et Musea ne devraient-ils pas s’intéresser à la découverte de nouveaux groupes qui ont quelque chose à dire plutôt que de vivre en vase clos ? Quand on ouvre le boîtier d’un disque compact produit par Colossus, il s’en dégage parfois une odeur pas si éloignée de celle, tenace, que l’on rencontre dans les modeste maisons des très vieilles personnes.