Forgas - Cocktail

11/09/2008

Par Mathieu Carré

Label: Musea

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Musea sait souffler le chaud et le froid en matière de rééditions. Capable de sortir d’un oubli bien mérité la plus anecdotique des formations de rock progressif, le label se montre également toujours apte à surprendre favorablement, comme l’illustre ce disque du batteur français Patrick Forgas, tout droit issu de l’optimisme chamarré de la fin des années 1970. Fort justement nommé Cocktail, cet album mélange les saveurs et donne le sourire.

Au cœur de la vague disco, Patrick Forgas joue la carte du grand métissage musical. Entouré d’une armée de musiciens où l’on retrouve entre autres Gérard Prévost à la basse et l’étonnant Jean-Pierre Fouquey aux claviers (auquel Forgas rend un vibrant hommage au cœur du livret) vénérant autant la moite sensualité des pistes de danse que les délires sophistiqués de Soft Machine ou Moving Gelatine Plates, il additionne les saveurs au risque de parfois verser dans un sucré/salé plutôt surprenant. Ainsi les neufs premiers morceaux, friandises acidulées, se dévorent sans retenue séparément, mais ne révèlent que peu de cohérence musicale, sinon une indécente insouciance artistique qui abolit toutes les barrières. Le batteur en chef navigue entre jazz fusion (« Vol d’hirondelles » et son violon aérien), délires progressifs (« Monks ») et pépites cosmico-funk que n’auraient pas renié Lonnie Liston Smith (« Orgueil », irrésistible et échantillonnante par le premier publicitaire en manque de jingle) pour finir par une sortie en discothèque humide sous L.S.D. (« Rhume des Foins »).

Après la succession des sensations, l’heure du grand mélange sonne. « My Trip », parabole de dix-huit minutes portant bien son nom, centrifuge tout le savoir de la troupe : le violon à la Jean-Luc Ponty, les chœurs champêtres, le groove indécent, les coups de gong et autres en une fresque surchargée et naïve qui pourrait témoigner à la fois de la musique et de l’état d’esprit d’alors : l’excès est indéniable, mais on plonge dedans. Le cocktail cette fois semble bien trop sucré et alcoolisé, il laissera sans doute un bon mal de crâne et fera exploser la glycémie des auditeurs diabétiques mais il est avalé d’une traite sans songer à ces futurs désagréments…

Ces presque quarante minutes pleines de notes se suffisent à elles-mêmes. Moins abouties, les multiples plages ajoutées à l’enregistrement original, sans doute pour justifier le prix du disque travaillent le même sillon avec un bonheur inégal. Petit bémol qui ne remet en aucun en question la qualité de cet album qui résume les glorieuses années 1970 où avec sourire et talent, les pires extravagances se changeaient en joyeux happening. Un peu de ce génial karma nous parvient avec ce disque, profitons-en.