D.F.A. - 4th

11/09/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Moonjune Records

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Si Kaleidoscope avait pour simple but de rappeler les deux premiers albums de Duty Free Area à notre bon souvenir, ce 4th peut aisément posséder d’autres ambitions. Neuf ans après leur second album éponyme, le quatuor italien revient avec une fusion jazz aux influences Canterbury d’une déconcertante maîtrise, doublée d’une liberté de ton qui lui permet de sauter les barrières trop restrictives du genre.

Dès « Baltasaurus », on sent que 4th ne sera pas un album ordinaire et consensuel, même si cette ouverture n’est pas des plus dépaysantes. Fougueux, passionné, mélodique, éminemment accessible bien que d’une fourmillante complexité, ce titre développe la facette la plus abordable de D.F.A. Le monumental « Mosoq Runa » balaie quant à lui un plus large registre, distillant à la fois langueur et vigueur, mélodies et atmosphères. Sorte de bouillon dans lequel on aurait jeté, un peu au jugé, un tas de bons ingrédients, ce titre dégage un fumet délicat, finement épicé, qui se développe au fil de la cuisson. Mais D.F.A. n’est pas que l’ambassadeur d’une fusion aimable et souriante. Quelques coups de chaud sont également au rendez-vous, comme la seconde moitié de « The Mirror » ou le vigoureux «  Vietato Generalizzare », à qui il ne manque qu’un gros son de guitare pour entrer dans la catégorie metal progressif.

4th est également la virtuosité discrète et modeste incarnée, car le terme « égocentrisme » n’appartient pas au vocabulaire de D.F.A. : l’équilibre entre les instruments est tout bonnement impressionnant. Au milieu de la marmite se trouvent Luca Baldassari, qui pose de parfaits grooves sur tous les passages s’y prêtant un tant soit peu et Alberto De Grandis, compositeur principal du groupe, au jeu de baguettes à la fois souple et sophistiqué. Cette trame rythmique d’une évidence inouïe malgré sa technicité s’enrobe d’un éventail de claviers vintage (Hammond et Fender Rhodes sont à la fête) déployés avec à-propos et à cœur joie par Alberto Bonomi, de concert avec la guitare protéiforme de Silvio Minella.

Transporté par ce bonheur instrumental, on ne peut s’empêcher de penser que la voix, lorsqu’elle entre soudainement en scène, va immanquablement gâcher la fête. Il n’en est rien. Discret et délicat sur « The Mirror », le chant n’a de rôle à part entière que sur « La ballata de ‘isposa ‘e Mannorri » mais apporte ce qui manquait encore à l’ensemble, la touche suave, féminine, italienne, de lignes vocales délicates débordantes de sensualité.

Ronde, chaude, magnifiquement arrangée et produite, la musique de 4th impose D.F.A. comme un acteur désormais incontournable de la scène fusion. Effrontément limpide, loin de la vaine démonstration, cet album amènera sûrement quelques nouveaux curieux vers les rivages du jazz.