Robin Taylor - Isle of Black

10/09/2008

Par Christophe Manhès

Label: Transubstans Records

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Entre Taylor’s Universe, Taylor’s Free Universe et sa propre signature, le Danois Robin Taylor aura produit plus d’une vingtaine d’albums en quinze ans ! Plutôt de tempérament généreux — j’en vois qui se marrent — dans un premier temps, votre serviteur s’est dit que Robin Taylor devait posséder une créativité débordante à faire partager.

Seulement, à l’écoute de Isle of Black, une cruelle désillusion nous attend. Heureusement qu’un album ne présume pas de l’ensemble d’une carrière car, pour être bref et un peu cruel, ce dernier n’aurait jamais dû pouvoir tourner sur nos platines. Vain sur le fond comme sur la forme cet album est une preuve supplémentaire de la misère créative et de la mièvrerie de certaines productions progressives. Constante dans l’inconsistance, cette musique, au mieux, pourrait habiller les silences gênés d’un ascenseur de luxe. Mais pour les auditeurs attentifs elle sera d’un ennui impitoyable.

D’accord, au début du XXe siècle, Satie a inventé la « musique d’ameublement » afin de remplir l’espace sonore comme on décore une pièce pour tromper l’angoisse des murs vides. Mais ce qui était un concept moderne, ironique, facétieux et en avance sur son temps, prend avec « Isle of Black » l’allure misérable d’une défaite artistique. Car Robin Taylor nous balance sa musique tel un ado jouant avec le matos de son pater de musicien, c’est-à-dire en amateur superficiel. Ses compositions ne portent en elles aucune ambition et, de surcroît, combinent un programme d’une cohérence qui laisse sceptique. Que vient faire « Swinger », jazz aussi vieillot qu’insipide, au milieu de la bluette symphonique de « Johannesburg » et du fallacieux metal prog de « Isle of Black » ? Nul ne le sait. Mieux, quelle valeur peut-on accorder aux affligeantes et mornes onze minutes de « Izmit » sinon celle du premier prix de l’indigence musicale de l’année ?

Sans la moindre inspiration, outrageusement calibré, mille fois entendu, Isle of Black est un disque totalement inutile. Quand on pense qu’il faudrait appeler ça du « rock progressiste » !