The Evpatoria Report - Maar

08/09/2008

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Get a Life ! Records

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The Evpatoria Report avait déjà marqué les esprits avec un EP éponyme enregistré en 2003 et surtout son premier album, Golevka, paru en 2005 chez Shayo Records, puis réédité cette année chez les Argentins de Twilight Records. Flirtant plus qu’à son tour avec le Pink Floyd de la période 1969-1972, The Evpatoria Report est connu et reconnu pour être l’un des plus importants représentants, avec Mono et Explosions in the Sky, de la mouvance post rock old school (merci à qui se reconnaîtra pour cette dénomination absolument géniale !) depuis la mise en veilleuse de Godspeed You ! Black Emperor en 2002. Voyons à présent ce qu’il en est avec Maar, attendu depuis plus d’un an par des fans transis. Précisons encore que le groupe est actuellement en stand by sans pour autant être séparé.

Maar continue en fait de la même manière que Golevka s’était terminé : de façon grandiose. Atmosphères ouatées qui s’apparentent à certains vieux morceaux du Floyd – celui où il y a des albatros par exemple –, guitare slide divinement amenée, progression sonore puissante qui laisse ensuite place à un quatuor à cordes. C’est tout cela « Eighteen Robins Road », peut-être le meilleur morceau jamais écrit par le groupe et qu’il avait pu tester sur scène en 2006. Le reste de l’album, quant à lui, n’a pas eu la chance d’être joué en concert et cela s’en ressent dans une certaine mesure. En effet, les trois autres morceaux, plus rock bien qu’étant tout aussi épiques et longs, ne dégagent pas autant d’intensité émotionnelle, même si l’on y entend toujours cette connotation avec Pink Floyd (plutôt que les éternels GY!BE ou Mogwai). C’est peut-être pour cette raison que le disque s’intitule Maar, qui est en fait le terme géologique définissant le résultat de la rencontre du magma avec des eaux du sous-sol. En gros, ça pète sévèrement ! Et votre serviteur, tordu d’esprit, a rapidement fait le lien avec un certain concert à Pompéi. Etonnant, n’est-il pas ? Ecoutez « Mithridate », vous comprendrez.

« Dar Now » et « Mithridate » sont de très bons titres, très classiques tant dans le fond que dans la forme. On entre dans un esprit plus rock que le premier morceau ou plutôt moins rock de chambre dans la mesure où les cordes s’y font moins prégnantes. Toutefois, le prisme de la rêverie reste le but principal, les boucles de claviers phagocytent les neurones avec bonheur. On sent que le groupe a voulu présenter une œuvre moins propre sur elle qu’a pu l’être en son temps Golevka, à l’image de la pochette, plus spartiate façon Constellation Records. Ceci en devient la marque de fabrique de Get A Life! Records, soit dit en passant.

Finalement, il y a deux aspects gênants sur cet album. D’une part, les sempiternelles envolées de doubles croches en staccato à la guitare que l’on entend sur tous les albums de post rock classiques (on ne sait plus comment définir le genre tellement le terme est devenu vide de sens), comparables en cela aux dix mille tonnes de claviers antédiluviens nécessaires à la confection d’un album néo prog. C’est très beau mais tellement entendu à toutes les sauces ! D’autre part, « Acheron », le dernier épique de près de vingt minutes, nous apparaît comme un assemblage confus de plusieurs parties dont le groupe ne savait trop que faire. Le morceau débute superbement dans la lignée de « Eighteen Robins Road », en plus dépressif, comme si The Evpatoria Report présentait son au revoir comme un adieu. C’est superbe mais après la classique montée en puissance, on a droit à une phase inutilement bruitiste qui se termine par un final bien souffreteux. Bref, les dix premières minutes auraient largement suffi.

Qui aime bien châtie bien, dit-on, car, ne l’oublions pas, The Evpatoria Report dispose d’un atout imparable : la classe ! En effet, de par sa volonté d’aller puiser son inspiration directement au cœur même de l’origine du post rock, le Krautrock et le Pink Floyd pré Dark Side of the Moon, The Evpatoria Report survole largement la mare aux canards dans laquelle s’embourbe bon nombre de ses congénères de sang bien que les Yverdonnois ne révolutionnent en rien le style de musique dans lequel ils officient (la rentrée est difficile cher chroniqueur, tu as besoin d’un bon marc de café). De plus, il faut le mentionner, la qualité sonique de l’enregistrement de Serge Morattel relève quasi du miracle tellement elle sied à merveille à la musique. A ce titre, la production de l’album est supérieure à Golevka tant en ce qui concerne le traitement de l’espace sonore en général que certains détails comme le son de la batterie. Au total, Maar s’avère hautement recommandable et, malgré les faiblesses susnommées, enrichit avec bonheur un parcours quasi sans fausse note !