Yuganaut - This Musicship

22/07/2008

Par Aleksandr Lézy

Label: ESP-Disk'/ Orkhestra

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This Musicship est le premier disque enregistré par ce trio jazz, présenté ici par le label ESP-Disk’sous la forme d’une réédition, puisqu’il est d’abord sorti en 2006 chez Block M Records. Composé de trois excellents multi-instrumentistes, Yuganaut propose autour de compositions pré-écrites et structurées, des morceaux improvisés riches en rebondissements, couleurs et expérimentations.

Yuganaut, c’est l’alliance du jazz improvisé, des instruments traditionnels de ce courant comme la contrebasse ou la batterie au son et au jeu si particulier, avec des sonorités modernes et originales, certaines étant presque anachroniques comme le Fender Rhodes, le Moog, l’euphonium et nombre d’autres petites choses (claves, maracas, tambourin, flûte, ocarina …) ! On retrouve donc une certaine parenté avec des artistes tels que Uri Caine, sans le mélange classique, et le trio Medeski/Martin & Wood sans le côté « morceau ». A la limite parfois même du free jazz sans cette nervosité et ce besoin de cacophonie organisée, le trio américain originaire de Brooklyn, composé de Stephen Rush aux claviers (mais pas de piano), Tom Abbs à la contrebasse et Geoff Mann à la batterie, développe une forte identité par ce mélange de cultures, de sonorités et de profond sentiment d’expérimentation soigneusement improvisée. Les morceaux durent entre quatre et dix minutes pour un disque de plus d’une heure. Le résultat est riche et instructif, témoignant d’une manière particulière de procéder à la composition. Un petit manque de consistance se fait parfois sentir, même en ayant conscience que c’est l’osmose entre les musiciens qui façonnent leur musique.

Cependant, les développements et structures apparaissent par surprises au fil des écoutes et l’ensemble des morceaux, bien que tous différents dans les approches et selon le choix des instruments joués, demeure véritablement homogène et cohérent, même si – il faut bien le reconnaître – le profane aura bien du mal à s’y retrouver dans cet imbroglio sonore d’où seulement quelques belles et fines mélodies s’extirpent.