Milford Graves - Percussion Ensemble

15/07/2008

Par Mathieu Carré

Label: ESP-Disk'/ Orkhestra

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Chacun devrait avoir la chance de découvrir la musique de Percussion Ensemble alors qu’il meurt de fièvre. Dans ces instants, où les limites vacillent, où le moindre soutien se dérobe à nos gestes gauches, les déambulations des batteurs percussionnistes Milford Graves et Sunny Morgan apaisent et rassurent, ramènent les cerveaux en ébullition dans un univers indécis, vibrant doucement au rythme de nos excès. Datant de 1965 et réédité par le label ESP-Disk’, cette rencontre où les cloches et les gongs divers côtoient les percussions plus traditionnelles ressuscite la mémoire de Rashied Ali sur l’éternel Interstellar Space de John Coltrane.

Contrairement au manifeste spatial du saxophoniste empli de défi et de violence, les deux musiciens jouent avant tout sur leur complémentarité. En parfaite harmonie, le duel se change en jeu, les tambours se font mélodiques, et une transe profondément musicale naît de cette rencontre instable, mais lumineuse. Au cœur de la nuit, les deux hommes avancent, escaladent les montagnes, se heurtent aux obstacles, tels des serpents qui impressionnent par leur simple reptation. Heureusement concis (trente-trois minutes), le périple de Milford Graves et Sunny Morgan reste aussi neuf qu’il y a quarante-trois ans. Volatile et aussi insaisissable que le laissent deviner les titres des cinq séquences qui le composent, ce disque ne repose effectivement sur rien de concret. Quelques roulements de percussions qui prennent l’espace à bras le corps avant de disparaître, sans presque laisser de souvenirs, sinon celui de leur justesse.

Au fond de son lit, perclus de frissons, le pauvre chroniqueur fiévreux y a trouvé du réconfort, du plaisir et surtout la certitude que tout cela a bien un sens, et même quand le malade se rétablit, l’improvisation et la rencontre musicale continuent de brûler dans ses entrailles. Il est des fièvres dont on peut heureusement ne pas guérir.