Jannick Top - Infernal Machina

13/07/2008

Par Mathieu Carré

Label: Utopic Records

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Jannick Top fait partie de ces personnages que l’on a spontanément tendance à écouter lorsqu’ils s’expriment. Il est, comme Lino Ventura, de ceux qui ne disent pas un mot sans raison ou ne jouent une note innocemment. Et si l’ancien catcheur au grand cœur a, en une gifle, recadré Isabelle Adjani, c’est un terrible crochet au foie qu’assène le bassiste chauve, plus déterminé que jamais. Infernal Machina assoit l’auditeur. Précise et directe, la violence sourde et maitrisée de cette mécanique de l’enfer fascine et terrifie à la fois.

La présence de choristes, semblant tout droit issues de l’Europe de l’Est, amenant avec elles le mysticisme populaire et ancestral des chants bulgares, rappelle les premières bandes originales que Goran Bregovic offrit à Emir Kusturica. L’émotion qui se dégage de ces vocalises envoûtantes est à l’image de la musique que construit Jannick Top : loin des recherches absconses, il fonde son propos sur des racines solides, qu’elles soient spirituelles ou musicales. Motifs de basse inamovibles en béton armé pour le chef de troupe, murs de guitares avec riff minimaux et puissance maximale (« Part III »), rythmique guerrière (Christian V. en personne à la batterie) infaillible, avec chœurs des troupes et interventions de solistes réduites à la portion congrue mais jouissives (le pyrotechnique « Part VI »), tout se rassemble en une énorme boule d’énergie, qui prend naissance dans une morne plaine slave (« Part. I ») pour finir sur le champ de bataille ultime, où de sages paysannes attendent leurs hommes victorieux, pour une orgie finale indécente (« Resolutio »). De l’origine jusqu’à l’apocalypse, le film musical écrit par Top se déroule avec évidence, il raconte une histoire, prend aux tripes mais sait aussi ménager quelques passages plus calmes où s’installe le piano, pour quelques îlots mélodiques au cœur de ce combat de rythmes et d’acier.

Comme Alan Parson avait su avec ses premiers albums tirer le meilleur du rock progressif pour délivrer des disques imparables, Top concasse le rock, la zeuhl et toutes les religions qui les entourent, pour livrer un disque aussi dense que le plomb. Invoquant mythes et inspirations diverses, qu’ils soient musicaux, philosophiques ou mathématiques, ayant mené à l’élaboration d’Infernal Machina, le bassiste en oublie son talent de compositeur et surtout sa clairvoyance, qui ont mené à la réalisation d’un disque d’une telle cohérence. Un projet que l’on sent décidé de bout en bout, un très grand disque ([de rock] [zeuhl] [progressif] [français][de cette année 2008]… Rayez les mentions inutiles, selon l’humeur.