Sigur Rós - Með suð í eyrum við spilum endalaust

09/07/2008

Par Jérôme Walczak

Label: EMI

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Incroyable ! Très honnêtement, Sigur Rós n’était pas particulièrement attendu au tournant. Pour mémoire, ces Islandais distillent depuis plus d’une décennie une musique douce, onirique et planante, aux ambiances tranquilles, rassurantes, sentant le crissement des pas sur la neige et la rosée du soir sur fond de paysage nocturne. Après deux albums brillants que sont () et Ágaetis Byrjun, et le plus prévisible Takk, on espérait une renaissance, sans cependant trop y croire.

Sigur Ròs possède son public fervent, qui les suit depuis longtemps, séduit par la magie de ces baladins des temps modernes. Sigur Rós, ce sont également de vrais gentils même si parfois, lorsqu’ils évoquent un garçon battu par ses camarades parce que coupable d’avoir des amours non conformes aux attentes de la société, il savent empreindre leur douceur d’une cruauté toute scandinave, calme, ferme et glaciale.

La pochette éveille la curiosité : eux qui sont habituellement dans le franchement minimaliste, voilà quatre paires de fesses (molle est la fesse islandaise, au demeurant) courant au travers d’une aire d’autoroute. Tout cela sent le Woodstock et les Radical Faeries à plein nez et c’est voulu : le clip du single (EMI peut se permettre ce genre de luxe), « Gobbledigook », est on ne peut plus évocateur. Des mélodies sautillantes, évidemment un tube en puissance, et des gens qui courent tout nus dans la forêt. C’est étonnant car jamais de mémoire Sigur Rós n’avait empreinté ce chemin plus léger : de vraies chansons faciles (soi-disant plus facile) à chantonner, des refrains et des couplets.

Et ça fonctionne, bon sang ! Ce disque est un hit potentiel, pis encore, c’est un chef d’œuvre ! Aux mélodies simples (les quatre premières pistes, en résumé) s’adjoignent de véritables moments de bonheur, de recueillement, ce que sait faire le groupe depuis longtemps entre « Festival » et son final grandiloquent, légèrement similaire à celui d’« Olsen Olsen » sur Ágaetis Byrjun, des moments d’émotion pure avec la pierre angulaire du disque « Ára bátur » et les moments symphoniques et grandioses (« Straumnes  »). Autant d’ingrédients réunis pour en faire un grand disque.

Accessible, esthétique, sensible, il nous prend par la main au départ, puis nous laisse errer dans des mondes gelés, pétris d’empathie, d’amour et de drôlerie. A l’instar de Radiohead et quelques autres, Sigur Rós réinvente le prog. Ne passez pas à côté, vous êtes face à un classique !