Gens de la lune - Gens de la lune

19/06/2008

Par Christophe Gigon

Label: Arts en avant

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Francis Décamps, principal compositeur du groupe Ange des origines jusqu’à la séparation du formation originelle en 1995 et frère de Christian (toujours en activité avec le « nouvel » Ange), est de retour. Gens de la lune est le nom de cette toute nouvelle formation franc-comtoise composée, outre Francis aux claviers, du batteur « historique » de Ange, Gérard Jelsch et de trois nouvelles recrues de qualité !

Comme l’a fait son frère en 1998 lorsqu’il a fallu « recréer » Ange, Francis a choisi de s’entourer de jeunes talents prometteurs et pleins d’énergie. A la guitare, un tout jeune musicien d’une vingtaine d’années, Damien Chopard, qui assure avec brio les parties soli des titres les plus progressifs. Son jeu, très lié et maîtrisé, n’a rien à envier à celui de Jean-Michel Brézovar (guitariste « mythique » de Ange), et même s’il ne possède pas la virtuosité de Hassan Hajdi (guitariste actuel d’Ange), son toucher convient parfaitement aux compositions symphoniques en diable de Francis Décamps. A la basse, James Kaas nous assène des lignes mélodiques du plus bel effet. Le chant est assuré par l’excellent Jean Philippe Suzan, à l’organe puissant et pas si éloigné de celui des Décamps père et fils (Christian et Tristan). Autant avouer d’emblée que le rapprochement entre la musique de Gens de la lune et celle du Ange première mouture est évident tant ce disque semble avoir été prévu pour reprendre le flambeau de la musique angélique là où elle s’est arrêtée en 1995. Certes, le nouvel Ange, articulé autour du Père et de ses (plus si) jeunes musiciens, continue de créer de la musique de haute tenue, bien qu’éloignée des ambiances « angéliques » classiques tant aimées des admirateurs du début. Un nouveau combat des Anciens contre les Modernes ?

On ne va pas vous faire languir plus longtemps : ce premier disque des Gens de la lune est une pure merveille. Certes, les compositions, le son, la production et les ambiances nous ramènent directement aux plus belles heures de Au-delà du délire et de Guet-apens, albums historiques de qui vous savez. Ce disque aurait pu sortir en 1978 et constituer un trio mémorable avec les deux albums précités. Ainsi, ce premier effort « lunaire » risque fort de plaire aux anciens fans déçus par la nouvelle voie, plus moderne et rock empruntée par la clique du Père Décamps depuis dix ans. Les claviers symphoniques de Francis Décamps sont omniprésents, appuyés par la magnifique voix de Jean-Philippe et la guitare planante en diable du jeune guitariste. Ce disque est probablement attendu comme le Messie par toute la frange la plus nostalgique des amateurs d’Ange. Et ils ne risquent pas d’être déçus ! Depuis le morceau d’ouverture « C’no peran » (qui commence comme l’album Emile Jacotey) jusqu’à « Des yeux nouveaux », aux arrangements plus « variétés » mais classieux, en passant par le morceau titre aux arpèges très « floydiens », ce disque est un véritable délice auditif. L’amateur éclairé reconnaîtra d’ailleurs la marque de fabrique de Francis quand il était encore le principal compositeur de Ange : les célèbres descentes harmoniques d’accords symphoniques dans « L’œil » ou « Les vents de là ». Au rayon des bémols, il faut bien avouer que les textes, principalement écrits par Eric Murat et le chanteur, sont moins ciselés que ceux du Père Décamps même si l’esprit reste le même. Quelques moments plus « variétoche » gâchent l’ensemble néanmoins (« Laissez-nous »). N’oublions pas que c’est le premier album d’une nouvelle formation !

On peut certes se gausser d’une telle démarche artistique qui cherche à replonger l’auditeur dans des moments passés bien qu’inoubliables. Un tel choix risque de confiner les efforts du groupe dans une semi-clandestinité seulement pénétrée par de « vieux fans nostalgiques ». Entre le parti pris résolument moderne pris par Christian et celui, volontairement rétrograde assumé par Gens de la lune, le public choisira. Mais la magie, elle, est intemporelle…