Thinking Plague - Upon Both Your Houses

19/06/2008

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Nearfest Records

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Il y a peu d’occasions d’écouter des enregistrements publics officiels d’artistes dits d’avant-garde. A ce titre, les publications des concerts au NEARfest de groupes comme Birdsongs of the Mesozoic ou Miriodor est une bénédiction ! Et ce disque de Thinking Plague, seul testament live en plus de vingt-cinq ans de carrière, représente forcément une aubaine pour tous les amateurs du genre.

Enregistré lors du NEARfest 2000, Upon Both Your Houses est la représentation scénique d’un des chefs de file de la deuxième génération Rock in Opposition, à la suite de la parution de son excellent In Extremis en 1998. Il n’est pas étonnant que près de la moitié du set lui soit consacré. Le reste provient principalement de In This Life (1989), ainsi que deux nouveaux morceaux (« Hamster Dance », adaptant une pièce du projet annexe de Thinking Plague, Hamster Theatre, et le superbe solo de piano de Matt Mitchel). Précisons qu’il s’agit de l’intégralité (à quelques minutes près) du concert joué le 18 juin 2000 au Zoellner Arts Center de Bethlehem, en Pennsylvanie.

Empruntant à la fois à Henry Cow, Yes et King Crimson, la musique de Thinking Plague est riche en harmonies complexes et en cassures rythmiques qui alternent, parfois avec bonheur, rock, musique folklorique et musique contemporaine. La patte d’Henry Cow est la plus manifeste et les inflexions vocales de Deborah Perry, imitant d’une certaine manière Dagmar Krause, ne sont pas faites pour dissiper cette impression. Toutefois, à l’inverse de son glorieux aîné, Thinking Plague ne s’aventure pas dans de longues improvisations. En effet, le foisonnement des arrangements et la complexité de ceux-ci obligent les musiciens à rester proche des versions studios des albums. Par ailleurs, la superbe production de Bob Drake qui ne fait plus partie de Thinking Plague à l’époque, met éminemment en évidence chaque instrument, même dans les moments de maelström les plus fous. En ce sens, elle rend parfaitement justice à la réputation de la bande de Mike Johnson et Dave Kerman.

Ce qui est terrible pour l’oreille de votre serviteur, c’est justement la voix de Deborah Parry en concert. Chantant presque exclusivement à la limite de la justesse, elle rend certains passages quasiment insupportables (« Dead Silence » qui mérite bien son nom pour l’occasion) ! Evidemment, certains tiendront à préciser que Thinking Plague développe un rock expérimental qui se joue des conventions et des harmonies, d’autres nous balanceront le célèbre « t’as rien compris, c’est le concept ». Quoi qu’il en soit, c’est lorsque Thinking Plague s’étend dans des parties purement instrumentales, à l’instar des épiques « Lycanthrope » ou « Kingdom Come », qu’il s’impose le mieux.

Si Upon Both Your Houses représente en définitive un live solide et recommandable qui permettra aux aficionados d’attendre le nouvel album prévu courant 2009, son impact semble pour notre part amoindri par les choix artistiques de la vocaliste. On lui préférera le concert de Miriodor au NEARfest 2002, disponible sur le CD bonus de Parade. L’absence de voix est assurée !