Malpractice - Triangular

13/06/2008

Par Aleksandr Lézy

Label: Spinefarm

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Il y a des groupes avec lesquels on passe complètement à côté. Malpractice fait partie de ceux-là. Quelques albums et une existence de plus de dix ans, et pourtant les Finlandais ne sont pas encore passés par chez Progressia.

Triangular, le tout nouvel album du groupe, est l’occasion de rectifier le tir. Troisième véritable opus après Of Shape and Balance en 1998 et Deviation from the Flow en 2005, le chiffre trois a tout l’air de représenter le numéro gagnant. Et pour annoncer le Malpractice nouveau, un coup de triangle s’impose : ding !

Malpractice, représenté par le guitariste Joonas Koto, unique survivant de la première mouture du groupe en 1996, propose un metal à tendance progressive avec très peu de claviers. Quelques particularités sautent aux oreilles dès la première écoute du disque et il est particulièrement intéressant d’analyser à quel point les influences sont représentatives d’une période ou plutôt d’une époque. Triangular est un condensé de Fates Warning pour la touche progressive, mélodique et légèrement technique et de Queensrÿche pour le chant, le son des guitares finement saturées et les riffs à connotations hard FM. Vient se greffer le côté heavy/thrash d’Iced Earth pour l’agressivité partielle de la musique par moments et le chant à double visage, lorsque les cordes vocales du jeune Aleksi Parviainen déclinent les graves et les aigus de manière suave. Les années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix imprègnent la musique de Malpractice avec authenticité sans jamais imiter, mais plutôt suggérer, comme une partie du solo de « Deception » qui reprend avec exactitude huit notes de celui de « Tornado of Souls » de Megadeth.

Si le groupe n’a pas oublié d’être accrocheur, il n’a pas non plus laissé tomber les ingrédients techniques. Cet aspect sous-jacent à l’ensemble des compositions revêt un caractère non négligeable dans les passages instrumentaux qui permettent en plus d’installer de longs soli de guitares rapides, propres et déliés. Deux longues chansons rappellent le metal progressif de feu Mayadome dont l’instrumental éponyme « Triangular » avec ses changements de rythmes et de climats et « Fragments » avec son refrain à plusieurs voix à la manière de Toto. Entre ces deux pavés figure « Waves », le calme avant la tempête. Servi par une production assez neutre dans les choix des égalisations, Malpractice bénéficie d’un son propre et efficace qui met en valeur de façon très juste chacun des instruments, laissant la part belle aux guitares.

Aucune comparaison ne pouvant être faite avec les disques précédents, il est juste bon de dire que Triangular a tout du disque convaincant et plaisant, qui étonne par sa diversité dans le genre metal progressif. Tous les morceaux accrochent et possèdent leur petite particularité qui rappelle ou remémore un passage ou un moment d’un autre groupe, et c’est tellement bien fait que ce n’est jamais contrariant. Pourtant, malgré des attributs indéniables, Malpractice se cantonne à faire ce qui a déjà été fait sans le renouveler. Il n’en perd pas forcément de la crédibilité mais n’arrive pas à surprendre. Triangular réussit en revanche à faire passer un agréable moment.