Jelly Fiche - Tout ce que j'ai rêvé

09/06/2008

Par Christophe Manhès

Label: Unicorn Digital

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Et si la francophonie avait enfin accouché d’un digne épigone du très british Marillion ? Et si le prog’canadien, qui a le sens du lyrisme coloré chevillé au corps, avait réussi à mettre un peu plus de « rock attitude » dans sa parure souvent lisse et démodée ? Et si, enfin, ce premier album de Jelly Fiche était un grand album capable de réconcilier naïveté poétique et flammes rebelles ?

Autant le dire, Tout ce que j’ai rêvé n’apporte pas une réponse nette à toutes ces attentes. Mais ce premier album est un espoir sérieux, souvent concret, qui devrait en accrocher plus d’un ! Emballé dans un joli artwork, peut-être trop délicat pour annoncer une quelconque évolution / révolution, cet album fait néanmoins preuve d’un vrai talent, de ceux qui ne se discute pas. La voix étincelante de Syd montre d’étonnantes capacités et s’offre même le luxe d’ouvrir, tout en restant un chanteur « classique » (parfois même très pop), de nouvelles perspectives mélodiques. Les plus blasés devraient apprécier. Quant aux guitares de Jean-François Arsenault et au saxophone d’Eric Plante, ils savent à l’occasion rugir et encrasser la mécanique d’un prog’symphonique flamboyant mais somme toute classique.

Il faut surtout souligner que des titres comme « Les arbres » ou « Caché au fond plus haut » sont autant d’occasion de découvrir une teinte très psychédélique que le groupe ferait bien d’exploiter tant elle donne à sa musique un vertige qui lui va bien. Dans un espace calé entre Marillion — période Hogarth — et Porcupine Tree, cette musique sait donc avoir de la gueule. Dommage que dans sa seconde partie, l’album n’exploite pas aussi bien tous les atouts du groupe. Le dernier titre, « La cage des vautours / Liberté », long de près de quinze minutes, souffre notamment d’un cruel manque d’inspiration. C’est d’autant plus gênant qu’il ferme la marche.

Tout ce que j’ai rêvé est un bon album, d’un bon groupe, avec de bons musiciens capables de faire de la bonne musique. Cependant, l’album hésite trop entre le sirop d’érable et la bière fortement fermentée. Si pour un premier essai, il n’y a encore rien de déshonorant, on espère que pour la suite de leur carrière, les Jelly Fiche sauront quitter les rivages trop fréquentés et explorer une personnalité plus retors qu’il n’y paraît. Sous les vielles antiennes dont elle se pare, cette musique donne l’impression de cacher — on se demande pourquoi — une botte secrète. Libérées, ces forces occultées pourraient bien faire de Jelly Fiche un groupe saignant !