Thieves'Kitchen - The Water Road

09/06/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

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Après avoir été un groupe prolifique au début de cette décennie (trois albums entre 2000 et 2003), Thieves’ Kitchen a profité d’une longue pause pour planifier un passage à la vitesse supérieure. Avec The Water Road, exit les défauts de jeunesse, ce nouveau disque possède toutes les caractéristiques du fameux « album de la maturité ».

« The Long Fianchetto », «  When the Moon Is in the River of Heaven », « The Water Road »… autant de titres qui font immanquablement penser au progressif scandinave à la Änglagård. Les responsables sont tout désignés : le Mellotron, la flûte, le piano, bref, ces instruments qui, utilisés à bon escient, savent nous coller une boule dans la gorge. Le style de Thieves’ Kitchen ne saurait cependant se résumer à cette unique référence : Hammond, violon, saxophone et guitare acoustique nous font traverser des territoires aux atmosphères variées, tantôt avec cette affiliation au jazz-rock, tantôt arborant la simplicité champêtre du folk. Des passages dépouillés alternent également avec de longs développements plus complexes et très majoritairement instrumentaux, ce qui rend d’autant plus agréables les interventions chantées d’Amy Darby. Histoire de rompre l’effet hypnotique de ces douces et tristes mélopées, ou de réveiller brusquement un titre malencontreusement assoupi, les Britanniques donnent de temps à autre un coup de collier, en sortant les grosses guitares, un Hammond fiévreux ou une rythmique syncopée adéquate.

Thieve’s Kitchen opère ainsi une sorte de synthèse que le Royaume-Uni a produit en matière de progressif classique, avec néanmoins un net penchant pour la mélancolie scandinave. Loin d’innover, le groupe a toutefois perdu sa naïveté et fait preuve avec The Water Road d’une évidente maîtrise dans la composition, franchissant ainsi une nouvelle étape dans une carrière encore en devenir.