Abel Ganz - Shooting Albatross

05/06/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

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Allez savoir pourquoi, les vétérans du néo progressif refont surface les uns après les autres. Conjoncture favorable ? On peut en douter ! Mais ne nous interrogeons pas sur les raisons de ces inexplicables reformations et contentons-nous d’offrir aux oreilles intriguées le nouveau disque d’Abel Ganz, vénérable rescapé de la résurgence progressive des années quatre-vingt. Si l’on exclut la compilation Back from the Zone parue en 2002, Shooting Albatross est le cinquième album du groupe depuis 1984, et succède à un jeune vieillard, The Deafening Silence, qui date déjà de 1994.

Contrairement à nombre de ses congénères, Abel Ganz n’a pas cédé aux sirènes des grosses guitares et assume ses choix artistiques d’une autre époque : titres-fleuve patiemment développés, préciosité et romantisme à la Wind and Wuthering, longs passages instrumentaux d’une arrogante limpidité. Et, miraculeusement, cela fonctionne. Sans pompiérisme aucun, Shooting Albatross développe des thèmes nostalgiques, délicieusement surannés, d’une grande richesse mélodique. Quelques coups de sang viennent bien rappeler qu’Abel Ganz est un groupe de rock, mais la machine à planer ne s’emballe que très rarement. La voix de Hugh Carter, délicate et fragile, se pose idéalement sur les pièces aériennes tandis que les registres d’Alan Reed (Pallas), vocaliste récurrent d’Abel Ganz et de Mick MacFarlane, s’adaptent à merveille aux compositions plus contrastées. Etonnamment, plus les titres glissent sur cet océan suave et s’étirent en longueur, plus ils se font séduisants. Les clichés indigestes du rock néo progressif sont pour la plupart évités, ou contournés. A peine se rappelle-t-on parfois à quel genre on a affaire : la partie centrale très « néo » de « So Far », les passages au Moog caractéristiques saupoudrés ici et là, la présence fantomatique du Steve Rothery de Season’s End sur « Ventura ». L’une ou l’autre introduction (« Looking for a Platform », « So far ») trahit l’héritage celtique des Ecossais, mais la provenance géographique du groupe est très largement indétectable.

Confortablement installé dans une douce torpeur, Shooting Albatross rend hommage, la larme à l’œil, à la gloire passée d’une musique qui savait transporter, faire rêver, apaiser, ou à défaut, bercer. Voilà une bien belle occasion de (re)faire connaissance avec le charme désuet d’un genre qui ne se rappelle plus que rarement à notre bon souvenir.