V. Courtois / Ze Jam Afane - L’homme avion

02/06/2008

Par Mathieu Carré

Label: Chief Inspector

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Chief inspector confirme son statut de label intrépide. Intrépide ou inconscient ? Qui donc ira investir dans cette rencontre improbable d’un chanteur conteur africain et d’un violoncelliste-compositeur et ses amis toujours à l’avant-garde ? Qui donc même aura envie de découvrir cette étrange chimère ou la guitare électrique et le chant nonchalant se croisent et se cognent, où les histoires de griots rencontrent les symboles d’aujourd’hui : l’avion, l’espoir, l’exil ?

L’expérience inédite résume l’Afrique dans toute sa complexe splendeur. Les animaux y colportent des histoires que les enfants pourraient reprendre (« Dents de lait, dents de loup ») et côtoient les héros du vingtième siècle nègre qu’ils soient présents en filigrane (Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor) ou distinctivement évoqués comme lors de « L’arbre de Lumumba » lourd de souvenirs et d’émotion. La voix claire et dansante de Ze Jam Afane envoûte en naviguant entre slam crépusculaire et chanson. Vincent Courtois cisèle un accompagnement divin pour ces histoires, toujours au service du flot tranquille de la sage parole de son acolyte. Sorcier aussi à son niveau, il mêle les harmonies enfantines, les sonorités électriques plus obscures et les rythmiques parfois ensoleillées. Peu de grandes envolées, de solo démonstratif, l’ambiance et les textures prennent le pas et la guitare légère de Maxime Delpierre illustre avec classe le propos parfois un peu abscons du conteur-philosophe d’aujourd’hui (« Marie-France »).

La savante élégance de cet album rappelle Pierre Akendengue et son toujours jeune Nandipo (par ailleurs récemment réédité). Il vit d’insouciance et d’envie de partage. Quand Ze Jam Afane se demande combien de Patrice Lumumba il faudrait pour sauver l’Afrique, on pourrait aussi s’interroger sur le nombre de disques comme celui-ci qui serait nécessaire pour sortir le paysage musical de son marasme frileux et communautaire. Question accessoire, quand on profite d’une telle agréable surprise, elle éclipse un instant les interrogations fâcheuses et on se perd dans cet étrange univers ; Soundjata, Sankara, les marabouts de l’équipe camerounaise de football, le général Guei que l’on abat avant qu’il ne s’évapore, tout se mélange et affronte la dure réalité de l’Europe souvent fantasmée comme sur l’éponyme « Homme-avion », morceau magique plein d’un jazz qui lui aussi vient d’Afrique.