Brainville 3 - Trial by Headline

22/05/2008

Par Christophe Manhès

Label: ReR Megacorp

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Les musiciens de Brainville 3 sont à eux seuls un morceau d’histoire. Rendez-vous compte, dès le début des sixties, il y a près de quarante ans, Daevid Allen et Hugh Hopper ont créé avec Robert Wyatt un trio de free-jazz qui marquera de manière définitive l’histoire de la musique : Soft Machine. Par la même occasion, ils lançaient l’école de Canterbury. Quant à Chris Cutler, c’est un autre vétéran de l’extrême qui depuis le milieu des années soixante-dix passe son temps à déniaiser le rock à travers des formations aussi prestigieuses qu’Henry Cow, Art Bears ou News From Babel.

Tous ces drôles auraient pu s’en tenir là. Mais dix ans après leur unique album studio sorti en 1998, le déroutant The Children’s Crusade, voilà qu’ils nous proposent ce live, Trial by Headline, témoignage de nouvelles et fabuleuses expérimentations. Car tout en étant le prolongement parfait de l’esprit téméraire des débuts, Bainville 3 se révèle le fruit d’une fusion vraiment inédite et moderne du free-jazz et du free-rock, le tout copieusement arrosée, vous vous en doutez, de psychédélisme gonguien.

Plus que jamais, tout en transcendant les genres, les musiciens y explorent sans contraintes formelles un matériau saturé de couleurs vives et mouvantes, presque organiques. Comme sous emprise de LSD, Brainville nous ouvre Les Portes de la perception avec une acuité décuplée par la production de Bob Drake. Si les moins réceptifs à ce genre de stupéfiant risquent le mauvais tripe, pour les autres ça devrait être le Nirvana !

Reprenant avant tout des compositions disséminées aux quatre coins de la carrière de Daevid Allen, du psyché-punk de Magick Brothers (« Trial by Headline ») à l’incontournable Gong (« I Bin Stoned Before », « Hours Gone »), la machine Brainville absorbe tout pour nous fabriquer une pâte bien à elle. Avec son jeu de guitare glissando inimitable et son chant au verbe surréaliste, Daevid Hallen, le grand manitou excentrique, est impérial. Chris Cutler, le plus impressionnant de tous, véritable monstre du beat, démontre une fois de plus son incroyable personnalité d’une subtilité aussi tordue que swinguante et technique. Hugh Hopper enfin, véritable charpente du groupe, assume une fois de plus son rôle d’étai aussi discret qu’inventif.

Une fois de plus nos papys résistent et bousculent les lignes de la musique populaire du 21ème siècle. S’il manque l’image — il faut absolument voir le groupe sur scène ! —, Trial by Headline rend amplement justice à la musique de Brainville 3, peut-être ici plus touchante que sur The Children’s Crusade. Un album très chaudement conseillé aux amateurs avertis.